Pièces pour piano de compositrices françaises par Sophia Vaillant et Myriam Barbaux-Cohen

Si les femmes sont encore très minoritaires de nos jours dans les classes de composition des conservatoires, elles souffrent moins que certaines de la domination masculine du passé (Fanny Mendelssohn, Alma Mahler…), quand d’autres tiraient plus ou moins brillamment leur épingle du jeu. Axia Marinescu proposait l’an dernier une anthologie de musiques pour piano de compositrice françaises et Nicolas Horvath a entamé une intégrale de la musique pour piano de Germaine Tailleferre (ainsi qu’un CD consacré à Hélène de Montgeroult).

Sophia Vaillant propose aujourd’hui une nouvelle anthologie tandis que Myriam Barbaux-Cohen nous offre une sélection de pièces pour piano de Mel Bonis :

Hélène de Montgeroult (1764-1836)
Louise Farrenc (1804-1875)
Pauline Viardot (1821-1910)
Cécile Chaminade (1857-1944)
Mel Bonis (1858-1937)
Germaine Tailleferre (1892-1983)
Lili Boulanger (1893-1918)
Betsy Jolas (1926*)
Edith Lejet (1941*)
Graciane Finzi (1945*)
Edith Canat de Chizy (1950*)

Dans le même ordre :

Sophia Vaillant

On lui saura gré d’avoir inclus dans ce programme des compositrices de ce siècle. 
Hélène de Montgeroult fut la première professeure de piano nommé au Conservatoire. Belle étude dans l’esprit du temps.
Elle aussi professeure au Conservatoire, Louise Farrenc est ici représentée par un très beau Nocturne.
Pauline Viardot, sœur cadette de La Malibran, élève de Liszt, a écrit une Mazurke très lyrique (c’est la première fois que je vois cette danse francisée, pourquoi pas la ‘Polke’ ?).
Cécile Chaminade, pianiste d’une célébrité internationale et compositrice qui écrivit près de 400 opus, dont ces Trois danses anciennes d’un très beau classicisme.
Nous est ensuite proposé un court et charmant Impromptu de Germaine Tailleferre.
Si cette dernière vécut plus de quatre-vingt dix ans, Lili Boulanger n’en aura connu, elle, que vingt-quatre…  Première femme à obtenir le prix de Rome, elle fut donc une météore, faisant penser à Jehan Alain. Ses Trois morceaux pour piano sont des miniatures aussi fines qu’originales, le troisième, Cortège, fait penser à celui de la Petite suite de Debussy (cf. le récent CD de Louis Lortie). 
Changement d’époque avec deux pièces de Betsy Jolas :Tango Si a malgré le titre des harmonies bien françaises et Signets est un très bel hommage à Maurice Ravel, aussi habile qu’émouvant.
Si les Trois Eaux-Fortes d’Edith Lejet paraissent bien écrites à la pointe sèche. la Barcarolle du souvenir de Graciane Finzi, la pièce la plus longue du programme, en est sans doute la plus prenante. En hommage à Chopin, on lit qu’elle a la particularité de laisser l’interprète choisir ses propres nuances. Une pièce d’abord rêveuse, puis virtuose avant une fin apaisée.
Edith Canat de Chizy a très peu composé pour le piano.  Prélude au silence. Une pièce d’une belle esthétique que l’on aurait souhaité moins courte…

Il faut féliciter Sophia Vaillant pour ce beau et original programme, excellement interprété.
Un disque Indésens.

Myriam Barbaux-Cohen

On avait apprécié son précédent CD consacré à Granados, 
Myriam Barbaux-Cohen nous propose cette fois une anthologie de pièces pour piano de Mel (Mélanie-Hélène) Bonis. Félicitée par Saint-Saëns, sa relative longévité a contribué à une certaine souffrance vers la fin de sa vie, sa musique devenant très peu jouée et elle-même se sentant étrangère aux évolutions de l’esthétique musicale (qu’en eut-il été de Mahler s’il avait vécu jusqu’en 1937…). Compositrice prolifique, elle a écrit une soixantaine de pièces pour le piano – cf. Association Mel Bonis.

Les dates de composition des 18 pièces proposées dans le présent (SA)CD s’étendent d’une valse de 1884 à des Petites pièces de 1929.

On ressent délicatesse et poésie heureuse, parfois empreinte d’une certaine religiosité à l’écoute de cette musique ; ainsi, les mélancoliques Pensées d’automne, la douce Berceuse op.23, le chopinien (Berceuse) Carillon mystique ou la poignante Cathédrale blessée.

Myriam Barbaux-Cohen sait faire revivre ces musiques avec grâce et raffinement, sur un superbe Bechstein.

Un disque Ars Produktion.

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