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Musique classique

Nouveautés 1er semestre 2021

Quelques mots sur des nouveautés écoutées et réécoutées récemment.


Barenboim – Argerich

Joli coup marketing  que ce CD, enregistré en 2018 pour le centenaire de Debussy, mais qui ne paraît qu’en 2021.  Daniel Barenboim en est le maître d’œuvre à la baguette et au piano, et l’on a ainsi une première discographique de Martha Argerich avec la Fantaisie. J’ai pu enfin la voir en live il y a dix jours et elle a toujours des doigts à 80 ans. La Fantaisie fut écrite vers 1899 mais ne fut créée de façon posthume en 1919 par Alfred Cortot. Sans être un pilier du répertoire, elle a connu un nombre important d’enregistrements, notamment des live de Gieseking / Mengelberg ou Henriot / Munch.  On appréciera l’entente des deux musiciens dans un second mouvement à l’atmosphère très prenante.
Les sonates pour violon et violoncelle sont superbement rendues, avec un Michael Barenboim aussi chantant que pudique et un Kian Soltani aux phrasés très expressifs, comme ceux de Barenboim accompagnateur. 
Enfin le CD s’achève par le chef d’œuvre qu’est La Mer. Barenboim en signe ici son 3e enregistrement, après l’excellent de 1978 avec l’Orchestre de Paris et celui de 2001 à Chicago. Cet enregistrement m’a tellement plu que je m’en vais visiter La Mer, j’ai déjà collationné 115 versions… Cette version est très personnelle, avec de superbes phrasés, des couleurs mordorées, une lecture très vivante, à suivre.

Un disque dont on se lasse pas.


La harpiste Coline Jaget

La jeune (1992*) harpiste Coline Jaget nous propose pour son premier CD un programme français original et centré sur le fantastique :

Henriette Renié - Légende, Danse des Lutins
André Caplet - Conte fantastique *
Franz Liszt - Le Rossignol (arr. Henriette Renié)
Benjamin Attahir - De l’obscurité II
Marcel Tournier - Féérie*, L’Éternel rêveur 
* avec le quatuor Akilone

Les deux pièces d’Henriette Renié (1875-1956) sont excellentes, Légende notamment est une pièce de style fantastique qui annonce celle de Caplet. Le célèbre Conte de ce dernier bénéficie d’une très belle interprétation emplie de couleurs avec des passages âpres et dramatiques très réussis. Suit une œuvre intéressante de Benjamin Attahir (1989*) qui est comme un kaléidoscope de l’histoire de l’instrument.
Deux pièces pour finir de Marcel Tournier (1879-1951). Féérie (décidément) avec quintette à cordes fait espérer que notre jeune harpiste enregistrera bientôt Introduction et Allegro de Ravel ; c’est une œuvre élégante aux très belles sonorités.

Un programme original, superbement interprété et enregistré.

Une présentation très claire de son instrument :


Stephan Gottfried – Haydn – Schubert

Il s’agit du deuxième enregistrement du Concentus musicus de Vienne depuis le décès de son fondateur Nikolaus Harnoncourt (1929-2016).  Il est dirigé par son nouveau directeur, le pianiste et chef Stefan Gottfried (1971*). On avait déjà bien apprécié le premier consacré à Schubert. On a ici une 99e de Haydn légère, allante et sonnante, avec de belles couleurs aux cuivres. Comme toujours avec les instruments anciens, on gagne en alacrité, rebond et fruité et on perd un peu de chant, même appuyé, chez Bernstein, Jochum, Kubelík ou Szell. Mêmes remarques pour la 5e de Schubert, avec un premier mouvement un peu posé, mais un Andante très habité ; les 2 derniers mouvements m’ont paru un rien raides. Un beau disque néanmoins.


Les trois sonates de Chopin par Véronique Bonnecaze

Longtemps, les disques – vinyle ou CD – consacrés aux sonates pour piano de Chopin ne comportaient que les n° 2 & 3. Sans aller jusqu’à penser que toutes les notes écrites par Chopin sont marquées au sceau du génie, cette première sonate est d’une écoute captivante. Véronique Bonnecaze nous propose ici un Chopin assez droit, sans beaucoup de rubato, mais sans minauderie, d’une digitalité sans faille (écoutez le Finale de la 3e par exemple). On admirera également le parfait équilibre entre les voix et dans les registres. 

Un très beau disque Chopin interprété avec une grande aisance technique et une musicalité sincère, presque lisztien.