Découvrir Hugues Dufourt

Découvrir Hugues Dufourt

Hugues Dufourt
Hugues Dufourt

Tout d’abord ne pas confondre Hugues Dufourt et Denis Dufour, ce dernier, également compositeur, né en 1953, est tendance GRM (Groupe de Recherches Musicales – tendance acousmatique). Le Dufourt qui nous intéresse ici vient tout juste de fêter ses 70 ans et est un des principaux représentant de « l’école spectrale » avec Gérard Grisey et Tristan Murail. On ne peut mieux trouver pour comprendre la démarche spectrale et la pensée de ce compositeur-philosophe, que la biographie du site de l’IRCAM. Même si ce n’est pas d’un abord facile, retenons en : « La musique se présente ainsi comme une texture harmonique homogène mais travaillée, soulevée par un travail de différenciation timbrique […] ». Elle repose, dit Dufourt, sur une « dialectique du timbre et du temps ». La notion de timbre inclut toutes les dimensions de l’écriture et se conçoit, depuis l’informatique, dans la séparation et la conjonction réfléchie de la fréquence et de l’intensité. La relation concertée de ces deux dimensions produit des effets spécifiques d’irisation de la matière sonore. Qu’il s’agisse de masses ou de petits effectifs, le timbre se caractérise par sa prégnance. Il résiste à la transformation : la liberté s’y insinue par gradations insensibles. »

Le cyprès blanc – Surgir – Gérard Caussé – Orchestre philharmonique du Luxembourg – Pierre-André Valade (Timpani – 2004/2006)

La musique d’Hugues Dufourt ne donne pas dans l’aphorisme à la Webern : les 2 œuvres de ce CD durent environ une demi-heure. Citons encore la page de l’IRCAM : « Comme le remarque Philippe Albèra, toute la problématique d’une telle pensée est donc dans sa capacité d’engendrer une forme, de soutenir une durée qui n’est pas dramatisée, qui ne comporte ni des articulations perceptibles, ni ces moments d’attente capables de faire désirer ce qui va suivre, ni même les surprises qui les accompagnent. » Cette musique déroute donc car elle dénie toute référence externe ou interne à l’auditeur. Si elle semble répétitive, mais combien subtilement, elle présente parfois des sortes d’explosions, qui en réintégrant le flux de la pièce n’en paraissent que plus sidérantes.

Le « Cyprès blanc » propose une étonnante alchimie de timbres entre l’altiste et l’orchestre (notons le bel éclectisme de l’altiste qui a également enregistré l’inoubliable Trio de Jérôme Ducros). Surgir est encore plus impressionnant : un flux continu et envoûtant de timbres : que voilà une musique personnelle et un univers captivant ! cf. les dernières minutes de la pièce :

L’Afrique – L’Asie d’après Tiepolo – Ensemble recherche – Kairos – 2009

De nombreuses œuvres de l’auteur se rapportent à la peinture, rapport plus subtil que ce que l’on trouvait avec l’impressionnisme… 

tiepolo

Inspirées de fresques de Giovanni Battista Tiepolo peintes à la résidence de Würzburg, encore deux univers si riches de sonorités enivrantes. Citons le compositeur : « Rien n’est plus propre à suggérer l’espace que la couleur, qui devient le vrai moyen du musicien ». Difficile d’imaginer deux pièces aussi dissemblables que cette Afrique et cette Asie.

Lucifer d’après Pollock – Voyage par-delà les fleuves et les monts –  Orchestre philharmonique du Luxembourg – Pierre-André Valade (Timpani – 2012)

Pollock - Fan K'huan

 

Encore 2 œuvres inspirées par la peinture, aussi  différentes soient-elles.
La première est une espèce de mer de lave, comme d’un debussysme noir, peut-être un peu longue tout de même. La deuxième (2010) est d’un raffinement sonore inouï, c’est bien ce dernier mot qui caractérise cette musique.

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