Musiques russes par Giancarlo Crespeau

On parlait il y a peu d’un CD Paraty intitulé « antimelancholicus« , voici « Melancolia », vivement un prochain « Euphoria » !
On est ici effectivement en pleine mélancolie russe avec 3 pièces de César Cui, les 3e sonates de Scriabine et Prokofiev, un Prélude & fugue de Chosta et 3 pièces du compositeur contemporain Kirill Zaborov (1970*) – Français né en Biélorussie. 

Le Nocturne n°3 de Cui campe le programme : il est d’une suave mélancolie, de même que les deux Préludes dans leurs mélodies simples.

La 3e Sonate de Scriabine, en quatre mouvements, n’est pas la plus jouée des sonates de Scriabine. On jugera de la pertinence de ce choix en lisant le programme posthume :

1/ Drammatico : « L’âme libre et farouche se précipite avec passion dans la douleur et dans la lutte ».
2/ Allegretto (qui fait fonction de scherzo) : « L’âme a trouvé une sorte de repos momentané. Lassée de souffrir, elle veut s’étourdir, chanter et fleurir ».
3/Andante : « L’âme vogue à la dérive dans une mer de sentiments doux et mélancoliques ».
4/Presto con fuoco : « Dans la tourmente des éléments déchaînés, l’âme se débat et lutte avec ivresse. Des profondeurs de l’être monte la voix formidable de l’HommeDieu. Mais trop faible encore, près d’atteindre le sommet, il tombe foudroyé dans l’abîme du Néant ». 

On est déjà sorti de l’influence de Chopin avec cette œuvre de 1898. Le dernier mouvement semble annoncer le mysticisme frénétique des dernières sonates.

La 3e sonate de Prokofiev est en un seul mouvement et sa durée est plus courte que le prélude de Chostakovitch qui la suit dans le programme. On est ici dans la veine « motoriste » du compositeur, il y faut des doigts… Le 24e prélude op.87 de Chostakovitch est de nature plus méditative.

La Vermeer sonata et les Vienna variations du compositeur français Kirill Zaborov viennent clore ce beau programme. Après Chosta, on est enchanté d’entendre de si belles couleurs dans le 1er mouvement lent de la sonate, suivi d’un deuxième mouvement plus ‘scriabinien’ très allant. Après cette sonate d’une tonalité élargie, on est surpris d’entendre les Variations comme un souvenir de Berg et Schoenberg.  Elle sonne pour moi comme un paradis perdu…
À noter qu’une anthologie de pièces pour piano était parue en 2015 sou les doigts de Laurence Oldak.

Ce programme est interprété avec autorité et brio par le pianiste français Giancarlo Crespeau.
Un CD Paraty.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.