Bruno Mantovani – Le sette chiese

 

Bruno Montovani - Le sette chiese
Bruno Montovani – Le sette chiese

Ensemble intercomtemporain – Susanna Mälkki

 

Un compositeur majeur de notre temps de 38 ans, à la tête d’un catalogue imposant. Philippe Jordan a créé à Paris son Concerto pour violon en février dernier ; quand on connaît l’exigence de ce chef vis-à-vis des partitions contemporaines…
Une œuvre réjouissante, voire jouissive au niveau des sonorités : Le sette chiese (« Les 7 églises ») fut créée en 2002 à Strasbourg sous la direction de Jonathan Nott.
L’œuvre emploie quatre groupes (« deux ensembles quasiment symétriques fonctionnant généralement dans un principe d’antiphonie, plus un trio formé des instruments les plus graves au fond de la scène, et six musiciens disposés en arc de cercle et en hauteur »). On ne discerne pas évidemment cette disposition en simple stéréo.

Pour la description de ces 9 pièces, on se référera bien sûr aux propos de l’auteur (+extraits de l’œuvre).

On n’indiquera ci-dessous que nos rapides impressions à l’écoute de l’œuvre, destinées simplement à inciter à la découverte. Au fait, ne pas confondre Bruno Mantovani et Annunzio Paolo Mantovani, chef d’orchestre de musique légère !

A major composer of our time – 38 yo – having already composed numerous works.

A gratifying work with splendid sonorities: Le sette chiese (« seven churches ») was created in 2002 in Strasbourg under the direction of Jonathan Nott.
The work employs four groups (« two almost symmetrical sets operating generally in a principle of antiphony, plus a trio formed of the instruments the most serious at the bottom of the scene, and six musicians arranged arc of circle and height »). This is unfortunately only simple stereo.

For the description of these 9 pieces, refer of course to the words of the author (+ excerpts).

We indicate below our quick impressions, simply willing to invite to the discovery. Just don’t confuse Bruno Mantovani and Annunzio Paolo Mantovani, a famous conductor of light music!

I – La piazza Santo Stefano

I – The Piazza Santo Stefano

Des ostinatos, des fulgurances aux vents, des éclats de percussions donnent effectivement l’impression d’une vie grouillante devant l’église.

Ostinatos, searing winds, percussion fragments actually give the impression of a bustling life in front of the Church.

L’église de Saint Jean-Baptiste

The church of San Giovanni-Battista

La première partie est un long crescendo, très dynamique, suivi d’un épisode mystérieux, avec de nombreux micro-intervalles, de multiples interventions solistes, bois ou cordes, le tout dans une atmosphère très fourmillante.

The first part is a long crescendo, very dynamic, followed by a mysterious episode, with many micro-intervals, multiple soloist interventions, wood or string, all in a very lively atmosphere.

La crypte 

The crypt

Cette partie reprend un peu l’esprit de la précédente, avec des babillages de la clarinette, puis du violon sur de nombreux traits secs, rapides et aigus. On pense à des envolées d’oiseaux ou des nuées d’insectes lumineux. Quelques références au grégorien à la fin donnent un tonalité religieuse à cette pièce.

This part takes a little spirit of the previous, with babblings of the clarinet and violin, dry, fast and acute. One thinks of birds flights orf luminous insects. A few references to Gregorian chant at the end give a religious tone to this piece

La basilique du sépulcre 

Tomb basilica

 

La pièce la plus longue (9’24 »). Une longue séquence aux pianos et percussions sourdes évoque l’obscurité de l’endroit, l’apparition du violon puis de flûtes suraigües amène la 2e partie sensée illustrée la lumière éclairant les reliques présentes dans un dynamisme croissant et virtuose jubilatoire.

The longest piece (9’24 « ). A long sequence of pianos and low percussion refers to the darkness of the place, the appearance of the violin and super acute flute brings to part 2 illustrating the light illuminating the present relics in a growing dynamic and exhilarating virtuoso.

   

II – Basilique des Saints Vital et Agricola

II – Basilica of St. Vitale and Agricola 
 

Dédiée à Olivier Messiaen, la pièce s’ouvre effectivement par un superbe choral de cuivres suivi d’un trio de percussions peut être un peu convenu.

Dedicated to Olivier Messiaen, the piece opens effectively by a superb brass Chorale followed by a trio of percussion.

La cours de Pilate

Pontius Pilate court 
 

On retrouve des éléments de l’environnement extérieur utilisés dans la 1e partie.
Çà  fait un peu du Messiaen / Ligeti en plus percussif.

There are elements of the external environment used in the 1st part. Here is a little of Messiaen / Ligeti in a more percussive way.

L’église du martyrium

Martyrdom Church
 

Une visite des 5 chapelles de l’église avec une fin militaire.

A visit of the 5 chapels of the Church with a military end.

Le cloître

The Cloister
 

L’auteur ne se départit pas de son unité de langage, qui peut tout de même devenir lassante dans cette longue œuvre. On notera que l’ensemble des pièces se trouve unifié par de fréquentes apparitions de séquences au piano : notes arpégées croissantes suivies de notes pointées dans l’aigu.

The author does not quit his language unity, which can become tiresome in such a long work. It should be noted that all of the pieces is unified by frequent appearances of sequences at the piano: growing arpeggios followed by notes plotted in the treble

La chapelle du bandeau

Chapel of the Congregation of the Virgin Mary
 

C’est la visite du musée de l’édifice qui permet à l’auteur de faire en quelque sorte un récapitulatif de la visite. Pièce plus tendue et assez forte émotionnellement.

Bonne visite en compagnie de superbes virtuoses, chef compris(e)…

This is the visit of the Museum of the building which allows the author to make in a way a summary of the visit. Played tenser and quite strong emotionally.

Good visit in the company of stunning Virtuosi, conductor included.

1812 : de Vilnius à Tchaïkovsky

1812 : de Vilnius à Tchaïkovsky

Notre ami féru d’histoire, Karim Ouchikh, nous propose aujourd’hui d’illustrer L’ouverture 1812 de Tchaïkovsky, suite aux macabres découvertes faites à Vilnius, 200 après.

Après la biffure de la dédicace de sa 3e symphonie à Bonaparte par Beethoven, la Bataille de Vitoria du même, jusqu’à Hary Janos de Kodaly, le pauvre corse n’aura pas été gâté par les compositeurs !

1812 : de Vilnius à Tchaïkovski par Karim Ouchikh

Arnold Schoenberg – Quatuors – Quartets

Edited by Severine Neff – Norton critical scores
W. W. Norton & Company, Inc. – 2006 – 340 p.

 

Pour les anglophones, mentionnons l’existence de cette très intéressante série (16 autres titres disponibles).

L’ouvrage fournit la partition complète du quatuor, son contexte historique (et personnel : Schoenberg était trompé par sa femme, dont l’amant sera plus tard amené à se suicider), une analyse détaillée et des documents de l’auteur, d’interprètes, de critiques de l’époque, etc.

… et à écouter dans la version des Pražák (1997 – dans sa configuration avant le remplacement de Václav Remeš par Pavel Hůla en 2010), avec la soprano Christine Wittlesey.


 

On signalera également la version rayonnante par les Pražák du quatuor n°4, op. 37. Voilà une œuvre plus immédiatement accessible pour qui est habitué aux derniers quatuors de Beethoven. La structure de chaque mouvement est plus simple et le traitement de la série permet de nombreux pôles tonals. Ajoutons que l’œuvre est presque souriante ! et que la prise de son est d’une absolue limpidité.

 

We would like to draw attention here on this superb collection (16 other titles available).

This books include the entire score, its historical context, a detailed analysis, and commentaries by the composer, his students and contemporaries (Mahler for example who declared having great difficulty to understand this score…).

.. to be listened to in the Pražák version (1997 – PragaDigitals) with the soprano Christine Wittlesey.


 

One will also announce the radiant version by the Pražák of quartet n°4, Op. 37. Here is a work more immediately accessible for who is accustomed to the last quartets by Beethoven. The structure of each movement is simpler and the processing of the series allows many tonal poles. Let us add this is an almost smiling work! and that the sound recording is of an absolute limpidity.

Schubert – Symphonie n°9 La grande – Symphony n°9 The Great

Schubert symphonies 8 & 9 - Krips - Mravinsky

On voudrait signaler ici les occasions que présente la collection “Les indispensables de Diapason”, des interprétations souvent de qualité offertes au prix de 5€ l’unité.

Par exemple, un récital Chopin par Guiomar Novaes, un peu daté quand même, un récital Michelangeli (avec un bon report de la Totentanz de Liszt avec Kubelík), mais les 2 contiennent la 2e sonate de Chopin, et là Cortot suffit bien ; des mélodies de Fauré avec surtout Souzay ainsi que Panzera dans L’horizon chimérique.

Le CD le plus épatant est celui consacré à Debussy : une version de référence du quatuor de Debussy par les Budapest ; certes ce n’est pas la plus belle sonorité de quatuor notamment dans le finale, mais la tenue rythmique, l’engagement laissent loin derrière les Lasalle par exemple – le 2e mouvement Assez vif et bien rythmé est une merveille. On oubliera Monique Haas dans Pour le piano, un peu bruyante, pour découvrir, entre les excellents Bilitis, Fêtes galantes et Promenoir des deux amants par Suzanne Danco, une perle : la Suite bergamasque par Friedrich Gulda en 1957. Ainsi, son Clair de lune, pris très lentement, est au niveau du Fantasque Samson François ou de l’exotique Magda Tagliaferro.

On mettra au premier plan le dernier en date : Les 8 & 9 de Schubert respectivement par Mravinsky et Krips. La version de 1959 de Mravinsky est une merveille absolue – on n’est pas un fan du chef, mais là, la hauteur de vue et la réalisation sont comme surhumaines. Pierre Barbier eut quelques ennuis en Grande-Bretagne et en Asie avec la 4e de Tchaikovsky qui faisait partie du couplage original (Praga Digitals) : certains critiques crurent qu’il s’agissait d’une copie du célèbre enregistrement pour DG, c’est bien mal le connaître. Il est vrai que, réalisée à une journée d’intervalle de l’enregistrement DG, on pourrait s’y méprendre. Toujours est-il que le travail sur la restauration de la bande originale est absolument remarquable.
J’en profite pour pour faire une petite illustration du célèbre enregistrement de la 9e de Schubert par Krips avec le London symphonic orchestra. La prise de son est remarquable (1958 !), la vision du chef autrichien également.

J’ai voulu comparer avec quelques enregistrements en ma possession : Bruno Walter – New York Philharmonic – 1953, Wilhelm Furtwängler – Vienne – 1954 – Live et Rafael Kubelík – Bavaroise – 1978 – live, en proposant le début du 1e mouvement à l’écoute (Andante et début de l’Allegro, ma non tropo). Aucun chef ne fait la reprise (on ne voit pas, comme pour beaucoup de commentateurs, pourquoi, dans les œuvres longues de Schubert, sous prétexte de leur rapport au temps, il faudrait les rendre encore plus longues en faisant systématiquement toutes les reprises).

Ici, le diagramme audio du 1er mouvement dans les 4 versions : bien peu de différences.

Furwängler :

Krips :

Kubelík :
 

Walter :
 

L’entrée du cor, des cordes, puis des hautbois, clarinette et basson suffisent déjà à caractériser les visions de ces grands chefs du passé : romantisme un peu sombre de Furtwängler, contemplation viennoise de Krips, animation chez Kubelík, simplicité chez Walter. Mes préférées sont Krips et Kubelík.

Schubert 9 the great - Kubelik - Symphonie-orchester des Bayerischen Rundfunk - Audite

Schubert 9 the great - Bruno Walter - New York Philharmonic orchestra - United archives

We  would like to point out bargains offered by the collection “The essentials of Diapason” (the leading French musical revue), with interpretations of quality offered for 5€ per CD.

For example, a Chopin recital by Guiomar Novaes, a little dated nevertheless, a Michelangeli recital (with a good report of Totentanz de Liszt with Kubelík), but the 2 contain the Chopin’s 2nd sonata, and there Cortot is sufficient…; melodies of Fauré with especially Souzay and Panzera.

The most exciting CD is the Debussy: a masterly version of Debussy’s quartet by the Budapest; – the 2nd movement Assez vif et bien rythmé is a marvel. You can forget Monique Haas in Pour le piano, a little noisy, to discover, between the excellent BilitisFêtes galantes and Promenoir des deux amants by Suzanne Danco, a pearl: the Suite bergamasque by Friedrich Gulda in 1957. For example, his Clair de lune, very slow, is at least as good as let say unpredictable Samson François or the exotic Magda Tagliaferro.

We will put at the foreground the latest to date: Schubert’s 8 & 9 respectively by Mravinsky and Krips. The Mravinsky version of 1959 is an absolute wonder – we are not a fan of the conductor, but there, the height of sight and the realization are like superhuman. Pierre Barbier who released these concerts had some troubles in Great Britain and Asia with 4th of Tchaikovsky which belonged to the original coupling (Praga Digitals): some critics believed that it was just a copy of the famous recording for DG… It is true that, realized at one day of interval of the DG recording, one could be mistaken. Anyway the restoration of the original band is absolutely remarkable.

I take advantage of the last release of this collection to make a small illustration of the famous version of Schubert 9th symphony by Krips with the London symphonic orchestra. The sound recording is remarkable (1958!), the vision of the Austrian conductor also.

I wanted to compare it with some recordings in my possession: Bruno Walter – New York Philharmonic – 1953, Wilhelm Furtwängler – Vienna – 1954 – Live and Rafael Kubelík – Bavarian RSO – 1978 – live, by proposing the beginning of the 1e movement (Andante and beginning of the Allegro, ma non tropo). No conductor makes the repeat (one does not see, as for many commentators, why, in  Schubert’s longest works, under pretext of their relation to time, they would have to make them even longer making systematically all the repeats).

Here (left), the audio diagram of the 1st movement in the 4 versions: very few differences.

[excerpts on left column] The entry of the horn, of the strings, then oboes, clarinet and bassoon are already enough to characterize the visions of these great conductors from the past: a little dark romanticism with Furtwängler, Viennese contemplation with Krips, animation with Kubelík, simplicity with Walter. My favorites are Krips and Kubelík.

New York Philharmonic : Boulez – Stockhausen

New York Philharmonic : Pierre Boulez – Karlheinz Stockhausen

 
Pierre Boulez – Bruno Maderna – Karlheinz Stockhausen
(from www.stockhausen.org)

Le site medici.tv diffuse gratuitement un concert évènement du New York Philharmonic intitulé 360 (360 °) : Hormis un hors d’œuvre Gabrieli et la fin de l’Acte I de Don Juan, on a la chance d’entendre et voir Rituel de Boulez, à la mémoire de Bruno Maderna, et Gruppen de Stockhausen, les 2 œuvres étant effectivement écrites pour des groupes de musiciens répartis dans l’espace.

Excellente idée du directeur Alan Gilbert ! En complément, The unanswered question de Charles Ives.

Une heureuse initiative même si on ne peut l’écouter ici à 360°…

www.medici.tv (proposé sans abonnement, mais nécessite de s’inscrire pour voir le concert entier).

The web site medici.tv broadcast free a recent concert by the New York Philharmonic “360”.

Besides a little piece for brass by Gabrieli and the end of the 1rst act from Don Giovanni, we can listen to and watch  Rituel by Boulez, to the memory of Bruno Maderna, and Gruppen by Stockhausen, these two pieces being written for separate groups of musicians.

A real good idea from Director Alan Gilbert. Besides, The unanswered question by Charles Ives.

A very good initiative, even if we can’t hear it at 360°…

www.medici.tv (proposed freely, you just have to sign in to be able to see the entire concert).

 

Schumann – Piano concerto op. 54 – Discographie – Discography

Schumann – Piano concerto op. 54 – Discographie – Discography

Nous reprenons après une longue interruption nos « discographies » comparées avec mon frère Bernard Vagne (B) et mon beau-frère Karim Ouchikh (K), toutes sur des œuvres où l’on retrouve Kubelík, site Web oblige… « Discographies » entre guillemets, l’apparition de Qobuz permettant d’élargir nos discothèques déjà bien pourvues.

Une trentaine de versions étaient proposées pour le 1er mouvement, après un « écrémage » (B) de versions qui ne semblaient pas pertinentes – malgré l’aura de certaines – par exemple : Katchen/Kertesz, Peraya/Davis et une des pires, Argerich/Harnoncourt, avec en plus certaines raretés amenées par K. Malheureusement, mon classement erratique de CD de concerts ne m’a pas permis d’apporter Firkusny / Kubelik et Arrau / Kubelik à Cologne…

Les enseignements que l’on tire de cette – longue – confrontation sont que l’œuvre est merveilleuse, que l’interpréter correctement est décidément bien difficile et que les femmes s’en sortent bien : on a préféré dans l’ordre : Argerich / Rabinovitch, Arrau / Kubelik, [Annie] Fischer / Keilberth, Schnabel / Monteux et Pires / Abbado.

On a regretté d’avoir dû abandonner Cortot après le 2e mouvement, été abasourdis par l’audace d’Argerich dans le 1er, époustouflés par le piano d’Arrau, immense, et cela nous permet de rendre hommage à la très grande pianiste Annie Fischer, trop méconnue.

Résumé de la confrontation : 

Le début de la version Arrau / Kubelík / New York – 1968 :
  

We take again after a long interruption our compared listenings with my brother Bernard Vagne (B) and my brother-in-law Karim Ouchikh (K), all on works where one finds Kubelík, Web site obliges…

About thirty versions were proposed for the 1st movement, after some filtering (B) of versions which did not seem relevant – in spite of their fame – for example: Katchen/Kertesz, Peraya/Davis and one of the worst, Argerich/Harnoncourt. Unfortunately, my erratic CD classification of concerts did not enable me to bring Firkusny/Kubelik and Arrau/Kubelik in Köln…

The lesson which one draws from this – long – confrontation is that this work is marvelous, that to interpret it correctly is definitely quite difficult and that the feminine pianists are at ease with this work: we preferred in order: Argerich/Rabinovitch, Arrau/Kubelik, [Annie] Fischer/Keilberth, Schnabel/Monteux and Pires/Abbado.

We regretted having had to give up Cortot after the 2nd movement, astonished by the audacity of Argerich in the 1st, puzzled by the piano of Arrau, immense, and that enables us to pay homage to the great pianist Annie Fischer, too much ignored.

Resume: 

Beginning of Arrau / Kubelik / New York – 1968:

  

Berlioz Requiem – Sir John Eliot Gardiner

 
Festival de Saint-Denis - Berlioz - Requiem - John Eliot Gardiner
Festival de Saint-Denis – Berlioz – Requiem – John Eliot Gardiner

Après Daniel Harding, la semaine dernière, c’était cette fois Sir John Eliot Gardiner CBE FKC qui officiait hier soir à Saint-Denis. N’étant pas un fan des baroqueux et particulièrement pas de ses interprétations à l’ancienne du répertoire romantique, on était a priori content que ce soient les forces de l’Orchestre National de France qui soient réunies ce soir-là, avec l’appui du Monteverdi Choir.

Ce gentleman farmer anglais (95 têtes de vaches !) me faisait irrésistiblement penser au grand Duduche de Cabu… mais sa gestique claire et élégante nous a donné un superbe concert dans cette œuvre de 1837 finalement assez rarement donnée compte-tenu des effectifs requis.

Passons rapidement au débit. 
On avait regretté la disposition du chœur dans Schubert par Harding, cette fois c’était pire : il était logé sur une estrade inclinée loin derrière l’orchestre, Monteverdi choir au premier plan, chœurs de Radio France derrière, si bien que dans de nombreux passages, l’orchestre, très bien sonnant d’ailleurs, le couvrait presque complètement (ce qui n’apparaîtra certainement pas dans l’enregistrement). 

On n’avait pas réécouté l’œuvre depuis des années, bercé dans notre jeunesse par la version Colin Davis – et regrettant alors de ne pas avoir les moyens d’acquérir la version Munch… Ceci pour dire que l’amateur peut voir son appréciation d’un concert brouillée voire annihilée par des plaisirs musicaux solitaires répétés… On a trouvé quand même que le Rex tremendae étant vraiment trop rapide et que le Lacrymosa n’était pas assez « posé ».

Mais au global  ce fut un vrai bonheur, ne serait-ce que d’entendre de vrais bons ‘décibels’ – Tuba mirum – non déformés ou compressés par un appareil de reproduction. Les interventions du Monteverdi choir sont proprement sidérantes : les Heifetz ou Rachmaninov du chœur !

Mention spéciale pour le Sanctus merveille d' »antiphonie » avec le – très bon – ténor Michael Spyres situé tout en haut devant l’orgue, la batterie à gauche, l’orchestre au centre et le chœur au fond.

Visible sur Arte LiveWeb

(ajoutons en guise de clin d’œil que Sir John déclarait dans une interview du début de l’été à Diapason que les Jeux de Londres seraient une catastrophe…)

After Daniel Harding last week, Sir John Eliot Gardiner CBE FKC was conducting yesterday evening in Saint-Denis. Not being a fan of “baroque” interpretations and particularly not of his interpretations of the romantic repertory, we were happy to know that the forces of the National Orchestra of France were invited this evening, with the support of Monteverdi Choir.

This gentleman English farmer (95 cows!) showed a clear and elegant gesture and gave us a superb concert in this work of 1837.

One had regretted the setting of the chorus in Schubert by Harding, this time it was worse: it was placed on a far tilted rostrum behind the orchestra, Monteverdi choir in the foreground, Radio France choruses behind, so that in many passages, the orchestra, very well sounding besides, covered it almost completely (balance will certainly be corrected during the recording edition).

We hadn’t listened to this work for many years, rocked in our youth by the Colin Davis version – and then regretting not having the means of acquiring the Munch version… This for saying that the amateur can see his appreciation in a concert scrambled or even destroyed by repeated solitary musical pleasures… I found nevertheless that the Rex tremendae was really too fast and that Lacrymosa was not “posed” enough.

But in the global it was a true happiness, especially to listen to big and beautiful sound – Tuba mirum – not deformed or compressed by a reproduction device. The interventions of the Monteverdi choir are properly striking: they are the Heifetz or Rachmaninov for the chorus!

Special mention for the Sanctus: a wonder of “antiphonal” with the – very good – tenor Michael Spyres located in the air in front of the organ, the battery on the left, the orchestra in the center and chorus far away.

Visible on Arte LiveWeb

(let’s add as a joke that, in an interview to Diapason at the beginning of the summer, Sir John declared that the London Olympic games would be a catastroph…)

 

Daniel Harding – Schoenberg – Schubert – Festival de Saint-Denis

On était un peu inquiet à l’approche de ce concert : les quelques enregistrements que l’on avait pu entendre de ce jeune chef laissaient sans voix (Brahms à Brême…), on savait aussi qu’il s’était fait éconduire par les musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Paris ; en outre, on ne voyait pas bien le lien entre La Nuit transfigurée [1. Rappelons l’argument : une promenade nocturne d’un couple amoureux dont la femme avoue qu’elle attend un enfant d’un autre. Son amant acceptera l’enfant et les deux s’en iront lors d’une nuit transfigurée.] et une messe de Schubert, ni surtout comme La nuit allait sonner dans cette acoustique de hall de gare.

Bravo tout d’abord à l’orchestre philharmonique de Radio-France (et au Chœur de Radio France pour Schubert) ; mis à part un accident au milieu de La Nuit, les cordes étaient fort belles et montraient une évidente cohésion. On aura été moins emballé par l’interprétation : çà faisait un peu ‘Elgar’ – c’est un peu facile vis-à-vis d’un chef anglais – et manquait pour moi « d’expressionnisme ». De très beaux moments tout de même.

La Messe en mi bémol majeur D. 950 de Schubert nous est bien connue, l’ayant entendu  déjà lors de ce même festival par Chung (bof) et Muti (mieux)… À l’évidence, Harding est un excellent chef de chœur. À ce propos, choix ou contrainte due au manque de profondeur de la « scène »,  on est assez gêné par la disposition du chœur, répartissant les tessitures de l’avant vers l’arrière au lieu de la gauche vers la droite. Cela donne une impression de saturation dans les forte (et dans les quelques fortissimi imprimés par le chef qui ne paraissaient guère justifiés). Il manquait juste une présence plus affirmée de l’orchestre : le chef demandait constamment aux cordes de « réduire », celles-ci jouant de plus avec un vibrato minimaliste. Passons sur les solistes : leur partie est réduite et ils étaient juste devant le chœur, donc bien loin dans cette acoustique.

On peut en voir l’enregistrement (dans un meilleur son que sur place !) ici.

Conclusion : un concert de belle facture, un chef à suivre, même si on a quand même manqué d’émotion ce soir-là.

This was our first concert conducted by Daniel Harding – we were a little apprehensive, considering for example his Brahms recordings, or the fact he had been rejected once by The Paris Opera’s orchestra musicians. Besides, we didn’t see any link between one of Schoenberg’s first major works and one of Schubert’s last ones – how the Transfigured Night would sound in this kind of train station acoustic.

Congratulations first to the Orchestre philharmonique de Radio-France (and then to the Chœur de Radio France), a little accident in the middle of The Night apart. Superb strings, but the performance for us was lacking of expressionism and overall structure; beautiful moments anyway.

We have already heard twice a Schubert Mass in Saint-Denis: once with Chung – so so – and another time by Muti (much better). Harding appeared as an excellent chorus conductor. Was it a choice or due to the stage lacking of depth, but instead of having sopranos to basses divided up from left to right, women were spread on the entire first row, men behind ; this gave in my opinion some sound saturation in the forte (moreover in some fortissimo which didn’t appear really justified). From our seats, the orchestra wasn’t playing loud enough – Harding asking permanently the strings to ‘reduce’ and their vibrato was really minimalist.

We won’t speak about the soloists, since their part is somewhat reduced and they stood just before the choir, so we didn’t hear them enough (they sound indeed much better on the video).

To conclude, a good concert, a conductor to follow, even if we lacked a little of strong musical emotions.

 

Daniel Harding - Festival de Saint-Denis
Daniel Harding – Festival de Saint-Denis