Giuseppe Grazioli à l’Opéra de Montpellier

Giuseppe Grazioli
Giuseppe Grazioli – Web site

Giuseppe Grazioli

Nous étions invités à La Traviata par l’Opéra de Montpellier et avons saisi l’occasion pour interviewer le chef d’orchestre italien Giuseppe Grazioli.

Débuts

Ses débuts de chef commencèrent avec Gian Luigi Gelmetti au conservatoire de Milan, ainsi qu’auprès de Franco Ferrara, Léopold Hager et Peter Maag. Il suivit ensuite un séminaire de Leonard Bernstein, qu’il accompagnera lors de ses concerts européens à la fin de sa vie. Une anecdote à ce propos : à la fin de sa vie, devant diriger la 7e de Beethoven, il s’interrogeait toujours s’il devait battre tel mouvement à 4 ou à 8… Ses vrais débuts se produiront lorsqu’il devra remplacer au pied levé un chef français pour diriger Butterfly.

Répertoires

Il a depuis dirigé de nombreux orchestres symphoniques, notamment en Italie et sur de nombreuses scènes d’opéra à travers le monde ; son répertoire d’opéra est très vaste et son activité de chef symphonique est résolument tournée vers des répertoires peu fréquentés. Son temps se partage à parts égales entre la fosse et le podium ; il considère comme un atout majeur de bénéficier de l’expérience de l’opéra pour faire chanter les solos d’un orchestre symphonique, de même que son expérience de chef symphonique lui permet d’assurer une bonne gestion de l’œuvre musicale à l’opéra. Il est important pour lui de ne diriger que des œuvres auxquelles il adhère : Bellini ou Hindemith par exemple ne sont pas à son répertoire. Un de ses grands plaisirs est de constater qu’il a  réussi à intéresser vivement le public avec des œuvres rares. Par exemple, il donnera prochainement un cycle de 12 concerts à Milan consacrés aux œuvres symphoniques de compositeurs d’opéra (Mascagni, Cilea, Alfano, Boito, etc.). De même, il s’intéresse au répertoire italien oublié de l’entre-deux guerres, oublié notamment pour des raisons politiques : les compositeurs de l’époque avaient eu des relations changeantes au fil du temps vis-à-vis de Mussolini (Malipiero, Casella, Dallapiccola…). Ses prochains concerts à Milan présenterons des œuvre de parfaits inconnus en France : Gino Negri (1919-1991), Fiorenzo Capi (1918-1997), Giorgo Frederico Ghedini (1892-1965), etc.

Les maisons d’opéra

Il y a certainement de grandes différences entre les maisons d’opéra françaises et italiennes : « En Italie, il est rare que je sache longtemps à l’avance quand auront lieu les répétitions et même avec quels chanteurs » : les coupes budgétaires font que l’on y travaille sur le fil du rasoir, avec parfois des réussites presque miraculeuses : les artistes et musiciens semblent s’être accoutumés à une sorte de culture du danger. En France, les distributions et les plannings sont élaborés longtemps à l’avance. Giuseppe Grazioli s’inquiète pour la fréquentation du public à l’opéra et craint que le développement croissant des séances enregistrées diffusées au cinéma n’en accroisse la désaffection. « A l’opéra, le spectateur peut choisir de porter son regard vers tel chanteur ou tel autre dans une même scène, ou bien de porter son oreille vers telle ou telle section de l’orchestre ; dans un enregistrement, comme au disque, tout vous est imposé par un tiers ». A contrario, il nous parle d’un concert qui fut un vrai challenge et un vrai succès : l’accompagnement d’un film muet du Rosenkavalier de Strauss avec l’orchestre straussien au grand complet jouant synchrone un arrangement spécifique de l’œuvre écrit par le compositeur !

Les chanteurs

Il ne choisit pas les distributions et fait avec. Il déclare qu’il ne congédie quasiment jamais un chanteur qui ne partagerait pas ses convictions musicales, mais préfère essayer de le convaincre pour qu’il se rapproche de ses vues. A ce sujet, il indique que le départ d’Omo Bello qui devait partager le rôle-titre était dû à un problème de santé momentané et qu’il voulait préserver sa voix. Il dit le plus grand bien de la jeune soprano Kelebogile Pearl Besong, dont c’était la prise de rôle dans La Traviata avant-hier.

La Traviata

intermit J’ai raté la 2e partie pour cause de TGV. Quelques impressions : Giuseppe Grazioli est un excellent chef de fosse et un véritable chef verdien : couleur, rythme, flux musical, gestion des chanteurs et du chœur : de l’excellence. Au niveau de l’orchestre, quelques faiblesses dans les pupitres de bois, une trompette soliste parfois intempestive et des trombones bien bavards au sens premier du terme. Mais c’était globalement d’un très bon niveau. Le spectacle ayant été retardé par une déclaration de représentants des intermittents, une spécificité française, mon voisin me dit que les décors faisaient montre d’une certaine intermittence, ce à quoi je répondis : quels décors ? C’est peut être aussi cette nudité de la mise en scène qui fit que la mayonnaise eut du mal à prendre au début, au point que l’on ne s’est intéressé qu’à l’orchestre pendant longtemps… jusqu’à l’entrée en scène du père d’Alfredo, le baryton Enrico Marrucci. Un timbre superbe, une voix qui porte, une présence et un sens de la ligne de chant. Il ne regardait quasiment jamais le chef (il aurait dû à une ou deux reprises néanmoins).

Kelebogile Pearl Besong - Enrico Marucci
Kelebogile Pearl Besong – Enrico Marucci

Par contre, Giuseppe Grazioli dirigeait au début quasiment à la mesure la soprano Kelebogile Pearl Besong ; encore une fois la mise en scène n’aidait guère celle-ci à développer une véritable incarnation du rôle, mais les choses s’améliorèrent nettement lors du duo avec le père Germont. Nul doute que cette chanteuse d’origine sud-africaine est promise à une belle carrière. Mais il fallut quitter à l’entracte… Retour à Giuseppe Grazioli :

  • n’hésitez pas à aller l’entendre lors de sa prochaine prestation en France (il dirige Le Turc en Italie à Luxembourg début novembre),
  • il poursuit cet été une intégrale de l’œuvre orchestrale de Nino Rota pour le label Decca, déjà 6 CD parus, mais on en reparlera…

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