L’Instant donné – Ramon Lazkano – Mikel Urquiza

Un de mes derniers articles était consacré à une anthologie de Laurent Lefrançois et me sont parvenus depuis deux enregistrements d’un langage et d’une esthétique bien différents : les musiques du franco-espagnol Ramon  Lazkano (1968*) et de l’espagnol Mikel Urquiza (1988*), qui a travaillé justement avec le premier.

Ces deux albums sont notamment superbement interprétés par l’ensemble L’Instant donné, basé à Montreuil (sous-Bois).  Cet ensemble de huit musiciens permanents possède un répertoire de quantités de compositeurs contemporains de tous les styles, notamment Stefano Gervasoni et Gérard Pesson avec qui a également travaillé Mikel Urquiza.

Les deux œuvres de R. Lazkano sont de celles qui interpellent l’oreille par des « événements » multiples et incessants et font travailler le cerveau …Elles sont basées sur des poèmes – sortes de haïkus – d’Edmond Jabès et écrites pour six voix (Neue Vocalsolisten) et ensemble. C’est d’un grande beauté, au total 24 morceaux très contrastés, d’une grande variété de superbes sonorités et faisant intervenir de multiples modes de jeu ou de chant.

Un superbe disque d’un grand compositeur.

L’anthologie du jeune compositeur Mikel Urquiza comprend elle cinq œuvres écrites pour des ensembles de chambre de formation variées et une pièce pour piano. D’emblée, l’aspect ludique de ses compositions fait aussitôt penser à Régis Campo. Cet aspect ludique relève parfois de la mascarade, comme dans I nalt be clode on the frolt (?) sur des textes de petites annonces trouvées sur Internet, avec la voix de Marion Tassou.  Contrapluma pour piano est selon le compositeur « le juste milieu entre le marteau-piqueur et le jazz d’Oscar Peterson »… (cf. ci-dessous).

Cinq pièges brefs pour ensemble instrumental font références aux sculptures de l’espagnol Jorge Oteiza. Une musique toute en rythmes om comme l’écrit le compositeur : « je ne veux pas flatter l’ouïe, mais effleurer l’intellect.

Serpientes y escaleras (Serpents et escaliers) est un flot continu d’inventivité et de bizarreries assez réjouissantes. De même pour Les lueurs se sont multipliées avec notamment un Clair de lune aussi déjanté qu’onirique et qui convie celui de Debussy. Enfin, Zintzil (« suspendu ») est une sorte de patchwork réjouissant des symphonies de Beethoven.

Une musique créative et divertissante au bon sens du terme.
Deux disques Odradek.

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