Trois aspects de la musique contemporaine : de Raaff, Hersant, Reich

Voilà trois nouveautés qui reflètent la diversité des musiques contemporaines (et pas “actuelles”). Le chef d’orchestre Rémi Durupt m’a adressé son CD Steve Reich, le compositeur Robin de Raaff son dernier CD et la responsable des disques Triton une anthologie Philippe Hersant parue il y a quelques mois.

Je dois “avouer” en préambule qu’il y a deux courants de la musique contemporaine qui me laissent froid : les “néo-tonaux” et les minimalistes. Mais, pour ces derniers, l’influence de Steve Reich et notamment de Music for 18 musicians (1976) est indéniable.

Alors commençons par Steve Reich (1936*): c’est la première (et sans doute la dernière) fois que j’écoute cette œuvre en entier. Certes, cela devait paraître révolutionnaire à l’époque et on ne peut pas dire que cela manque de construction (cf. présentation par le compositeur), mais ça ne me parle pas (un peu le dernier morceau quand même). Quand certains “néo-tonaux” parlent de “grisaille” pour la musique “post-sérielle”, ce tintinnabulement continu finit par produire la même impression. Mais pour ceux qui aiment ce style, voilà certainement une réalisation impeccable et bien enregistrée par l’Ensemble Links mené par Rémi Durupt, artistes dont on attend avec intérêt l’interprétation d’une autre grammaire. Un disque Kairos.


L’anthologie Philippe Hersant (1948*) publiée par Triton comporte 32 duos de formations diverses et a été enregistrée par divers artistes de 2006 à 2019. 

Il est difficile de caractériser le style de Philippe Hersant, tant ces œuvres sont diverses ; ici, pas de grammaire figée, et je ne sais si c’est la réalité, mais on a l’impression que ce compositeur au catalogue de 150 opus fait montre d’une joie naturelle de composer. Un CD recommandé à tous ceux qui souhaitent écouter des œuvres modernes sans être gênés par un langage trop répétitif ou trop difficile. 
Porqué llorax (“Pourquoi pleures-tu”) pour violon et violoncelle est une pièce toute de douceur, basée sur une mélopée sépharade.
Les Onze Haïkus pour piano à quatre mains sonnent plus français qu’asiatiques, n’hésitant pas à la figuration animale à la Rameau (Libellule, Papillon…)
Hypnos pour deux violes de gambe rend hommage à des pages nocturnes de l’époque baroque (Marais, Lully).
Les Huit Duos pour alto et basson, dédiés à Pascal Gallois, sont des pièces brèves, ludiques, d’un “folklore” le plus souvent imaginaire. 
Strophe pour violoncelle et accordéon a été écrite en hommage à Dutilleux, très belle pièce assez obsédante.
Les Onze caprices pour deux violons sont des pièces très courtes, ramassées, écrites à l’origine pour un spectacle théâtral autour de Kafka.
Enfin, Sur la neige pour clarinette et piano est une pièce de concours qui traduit “la lente et pénible progression d’un homme dans l’immensité de la taïga sibérienne”.

Un très beau disque Triton.


J’ai déjà eu l’occasion de saluer un précédent album de Robin de Raaf (1968*). Il s’agit ici du concert de la création de son Oratorio Atlantis sous la direction de Markus Stenz en 2016. Cette œuvre a été écrite pour soprano, baryton, deux harpes, chœur et grand orchestre. À la fois une allégorie sur la fin d’un monde et une dédicace à Pierre Boulez qui mourut pendant la composition de l’œuvre : un adieu à une certaine musique “moderne” ?
Cet oratorio utilise des textes issus de The Bridge du poète moderniste américain Hart Crane (anglais difficile, pas de livret français).
Même si l’on pense parfois aux œuvres avec chœur de Schoenberg, cette partition est écrite avec un langage libre, une orchestration à la fois riche et colorée. Chaque “scène” est relativement courte, la musique est ainsi variée, même si elle est basée sur un motif récurrent et la partie de soprano est superbe.

Une grande réussite et une œuvre marquante.

Un disque Challenge.

 

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