Suzana Bartal joue les Hongrois

Bon, j’étais en écoute du disque Kurtág par P.-L. Aimard et voilà que je reçois le dernier opus de mon amie Suzana Bartal.

Je m’aperçois que cela fait déjà 10 ans que je l’avais interviewée… Je vais moins au concert avec l’âge, mais j’irai certainement à l’un de ses prochains, étant assuré d’entendre alors une vraie musicienne.

Le titre de l’album fait référence à Ruralia Hungarica d’Ernő Dohnányi. Cette œuvre de 1923 est en 7 mouvements (trois versions ultérieures apparaîtront : pour orchestre en 5 mouvements, pour violon et piano et certaines pièces pour violoncelles).

C’est tantôt rhapsodique, improvisé, pastoral, sombre, incantatoire ou élégiaque – c’est en fait entre Liszt et Bartók et c’est très beau.

C’est une « grande » œuvre, puisqu’elle dure plus de 32′ et « grande » tout court : elle est très intéressante et prenante, mélangeant post-romantisme et inspiration folklorique. Je me rappelle un concert épatant du chef / pianiste Philippe Jordan à l’Opéra de Paris dans le Quintette avec piano n°1, mais j’avoue être passé à côté de Ruralia  jusqu’à aujourd’hui. Il existe un enregistrement de certaines pièces de Ruralia par le compositeur lui-même, d’un intérêt documentaire d’autant plus que l’on a ici une interprétation moderne de référence.

Les Quinze Chants paysans hongrois de Béla Bartók (composés entre 1914 et 1918) font bien sûr contraste avec le romantisme élégant de Dohnányi, puisqu’il utilise des mélodies authentiques collectées au phonographe dans les villages.

Une vidéo sur « Bartók et la musique paysanne » :

L’œuvre comporte 4 pièces sur des airs anciens, suivis d’un scherzo, d’une ballade avant 7 pièces sur des airs de danse. La ballade est peut-être la pièce la plus remarquable, ses variations montrant la modernité dont Bartók était capable à partir d’un matériau traditionnel. Les dernières pièces présentent pour la plupart une grande vitalité rythmique.

Avec les Rhapsodies hongroises n°5 & 6, Liszt s’inspire de la musique des violonistes tziganes qui se produisaient à Budapest. La n°5 est sérieuse, presque funèbre avec une fin bien sombre, presque morendo, tandis que la n°6 permet à Suzana Bartal de faire usage de ses moyens techniques exceptionnels.

Un très beau disque Channel classics.

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