Il s’agit d’une nouvelle réédition d’un ouvrage paru pour la première fois en 1922 et objet ensuite de nombre de rééditions. Cette dernière paraît évidente, puisque son nom est « Le Condottière », surnom d’André Suarès après la publication de ses impressions sur l’Italie et des Italiens « Voyage du condottière« .
Suarès, c’est une langue : précise, puissante, imagée – un mot me venait à la lecture : « cà fulgure ! ». Le revers de la médaille est que certaines assertions portés par tant de grand style, finissent par insinuer au lecteur quelques doutes sur leur justesse ; mais dès la reprise, on est encore submergé !
Suarès est un fan inconditionnel de Debussy : pour lui, il y Bach, Wagner – à propos duquel il a commis un livre – et notamment Parsifal – et Debussy ; ou, dans le domaine de l’opéra, Les Noces, Parsifal et Pelléas.
Tant de phrases aussi fortes que concises seraient à citer, comme pour Pelléas : « Pour Debussy, un seul accent doit tout dire ; une seule harmonie doit peindre la nuance. Le reste est superflu ».
À part Pelléas, Suarès commentera notamment les Nocturnes et La mer et, pour le piano (comme nous d’ailleurs…), La cathédrale engloutie et l’Hommage à Rameau (et aussi les Épigraphes). Pour La mer, il encense l’interprétation de Toscanini. Ce qui aussitôt surprend, l’ouvrage datant donc de 1922. Mais il y eut bien d’autres rééditions et il a pu écouter « Tosca » dans sa version de 1942 avec Philadelphie. J’ai été surpris, car j’ai dû écouter les 2 derniers enregistrements de l’Italien dans ma jeunesse et les avais trouvés très décevants.
Une autre : « Debussy est tout de France, comme le Jardin du Luxembourg, la Sainte-Chapelle, les verrières de Chartres et le Palais de justice à Rouen (pour l’éditeur : justice et non Justice).
Il tordra le cou aux idées préconçues du « Debussy » impressionniste » et non symboliste (cf. mon article). Il a rencontré deux fois Debussy, une fois avant sa mort et une autre avant la création de Pelléas. Sa description de l’homme lors de celle-ci est remarquable.
En peinture, il compare volontiers Debussy à Cézanne (moi : Ravel et Van Gogh ?).
Même si l’on eût aimé voir aborder d’autres œuvres (le Quatuor, des mélodies…), le Debussy convaincu sorte de la lecture transporté !
André Suarès – Debussy – Éditions Le Condottière – 2026 – 198 p. – 17€
P.S. : il cite, en mal, l’abbé Lorenzo Perosi, qui fut un des plus célèbres compositeurs de musique religieuse de son époque (1975-1956) ; on lui doit une œuvre imposante, souvent dans un style vériste (!) et dont Debussy fit l’éloge en son temps !
