Duo Alma
Un nouveau CD entièrement féminin, avec des compositrices et interprètes peu connues.
On connait certes un peu mieux l’américaine Amy Marcy Beach (1867-1944) à la faveur de récentes publications discographiques, notamment une anthologie symphonique parue l’an dernier chez Solo musica (cf.). Sa sonate pour violon et piano op.34 est une œuvre solide, plutôt brahmsienne et si son 1er mouvement est un peu longuet, un Scherzo guilleret, un Largo chaleureux avec une partie de piano remarquable et un Allegro final effectivement con fuoco emportent l’adhésion. Interprétation en tout point réussie du Duo Alma, notamment de la part de la violoniste Clara Dachin ; intonation, virtuosité, couleurs, lyrisme – bravo.
Le programme se poursuit avec 3 pièces pour violon et piano de Marguerite Canal (1890-1978). Deuxième femme à avoir reçu le prix de Rome après Nadia Boulanger, elle fut aussi chef d’orchestre. Ces pièces sont dans un style d’époque, plutôt côté Fauré et Debussy et sont pleines de charme.
En fin de programme, la sonate pour violon et piano d’Irena Poldowsky (1879-1932), fille d’Henryk Wieniawski. L’œuvre est d’une écriture assez tourmentée dans le 1er mouvement, le Scherzo n’apportera guère de gaîté et le dernier est un peu fuyant, mais tout cela est empli de musique remarquablement écrite.
Un première réussite du Duo Alma parue chez Indesens.
Yoann Moulin
Je suis toujours consterné par le look des pochettes de Scala… Là, je crois que c’est une des pires…
Le claviériste Yoann Moulin nous propose ici un récital de pièces anciennes, signées ou anonymes, interprétées tantôt sur un virginal, tantôt sur un claviorganum. Quand j’ai écouté les premières notes du CD, j’ai été frappé par la musicalité et surtout la qualité du « chant », gageure sur un instrument à cordes pincées ; pincées mais pas que : le claviorganum est un instrument qui combine souvent à partir d’un même clavier, un clavecin et un orgue (un peu comme le piano-harmonium plus tard).
Le virginal est quant à lui un genre de clavecin, d’une mécanique plus simple et d’un son plus discret.
Il faut être spécialiste de ce répertoire pour identifier des compositeurs dont les œuvres sont interprétées ici, comme Tartaglino, Trabaci, Zachow, Inglot, Randall ; d’autres sont plus connus. Par exemple, la petite pièce (la plus longue du CD excède à peine 5′) d’Ippolito Tartagliano illustre bien, malgré sa simplicité, le valeur ajoutée du claviorganum. La Toccata de Trabaci a un peu un côté musica reservata et fait penser à la musique de Pachelbel. Une très belle My Lady Carey Dompe d’un anonyme fait penser aux Barricades mystérieuses. Tout est l’avenant, d’un poésie intime.
Une réussite Scala Music (après la couverture, pourquoi un livret si indigent ? Décidemment…)
ASM
Ça fait drôle de commenter ici, après tous ses enregistrements de ‘hits’ du répertoire de violon, notamment pour DG, une nouvelle parution de l’icône du violon, Anne-Sophie Mutter, chez un autre éditeur.
ASM inaugure donc chez Alpha une série consacrée à la musique contemporaine, intitulée « Forte forward ».
Le programme s’intitule « East Meets West », puisqu’y figurent d’un côté l’iranienne (et néerlandaise) Aftab Darvishi (1987*) et la coréenne Unsuk Chin (1961*) et de l’autre l’allemand Jörg Widmann (1973*) et le britannique Thomas Adès (1971*). C’est dans cet ordre que les pièces apparaissent, allant du violon solo, au duo de violons, au quatuor à cordes et au violon avec orchestre.
La pièce Likoo de Darvishi nous emmène en moins de 7′ autant vers Bach que vers l’Iran ; la très belle écriture de la pièce donne un sentiment de nostalgie parfois presque sensuelle.
Unsuk Chin propose une « Gran cadenza » pour 2 violons qui alterne des dialogues antagonistes ou fusionnels.
Studie über Beethoven (String Quartet n°6) est, en onze mouvements, une sorte de réinvention, déconstruction et distorsion des quatuors de Beethoven. Le compositeur déclare que c’est une œuvre très tonale, je vous laisse juge !
Air – Homage to Sibelius de Thomas Adès, en deux parties, est plus un grand Aria pour violon et orchestre qu’une pièce concertante. C’est une référence très aérienne à Sibelius, avec ses longues lignes en général dans l’aigu, voire le suraigu.
En souhaitant à cet album Alpha plus de succès que ceux des musiques « boulgi boulga » publiées par ce qui reste des majors.
