Quatuor Arod – The Mathilde Album

Erato

Le trio infernal :

De gauche à droite, le peintre Richard Gerstl, Mathilde Schoenberg, Arnold Schoenberg (cf. le site sur Gerstl [en]). Mathilde, la sœur d’Alexander von Zemlinsky et épouse de Schoenberg, aura une liaison avec le peintre, qui, la voyant retourner au bercail, se suicidera à 25 ans. Mathilde, qui semble-t-il cherchera par la suite d’autres amants, aura eu deux enfants avec Schoenberg et mourut en octobre 1923 ; Schoenberg épousera ensuite Gertrud Kolisch (1898–1967), sœur de son élève, le violoniste Rudolf Kolisch, avec laquelle il aura trois enfants – le dernier conçu quand Schoenberg avait 70 ans (quelle santé !) – et dont Nuria, toujours vivante, qui deviendra l’épouse de Luigi Nono.

Voilà pour le carnet rose – commentaire misogyne : si l’on comprend les succès amoureux d’Alma Mahler en voyant les photos de l’époque, on est plus dubitatif concernant Mathilde Zemlinsky…
Bref, tout ceci explique le titre de ce CD qui comprend Langsamer Satz (Mouvement lent) de Webern et les deuxièmes quatuors de Zemlinsky et Schoenberg par le quatuor Arod et la soprano Elsa Dreisig.

Langsamer Satz de Webern date de 1905, mais n’a été créé qu’en 1962 à Seattle… Cette pièce, la première créée lorsqu’il était élève de Schoenberg, fait penser à la Nuit transfigurée, mais composée sous des jours plus heureux, emplie de l’amour qu’il éprouvait lors d’une promenade vis-à-vis de sa cousine qu’il devrait épouser plus tard. Mais c’est du Webern, même jeune : pas d’épanchements ou d’expressionnisme intempestif ici (pour la petite histoire, c’est Webern qui aurait convaincu Mathilde de rentrer à la maison).

Schoenberg – Quatuor n°2 – Composé en 1908 en pleine affaire Mathilde – Gerstl. Il est en quatre mouvements, les deux derniers incluant des textes de Stephan Gorge chantés par une soprano. Un 1er mouvement assez complexe, suivi d’un 2e dansant avant les deux derniers avec soprano, le 4e notamment aux sonorités de cristal est magnifique, comme la prestation d’Elsa Dreisig. J’ai en mémoire la version des Prazak, mais je ne retrouve plus leur CD, en tout cas la justesse de ton et de phrasés du jeune quatuor Arod m’a enchantée.

Zemlinsky – Quatuor n°2 – Le quatuor n°2 ne versait pas encore dans l’atonalité complète – ni bien sûr dans le sérialisme, ce qui fait que ce quatuor composé en 1913 a des parentés de style avec le précédent – d’autant que l’hypothèse a été avancée qu’il aurait un programme caché relatif aux événements du couple Schoenberg… C’est une œuvre assez foisonnante, de structure complexe. On entend ça et là des réminiscences de La Nuit transfigurée. Comme dans celui de Schoenberg, l’auditeur est récompensé de son attention par de nombreux passages magiques, comme irréels. Cette  très grande œuvre réclame des talents de virtuosité, de rythme, d’ensemble très élevés : le quatuor Arod est largement à la hauteur de la tâche.

Ils se produisent à la Philharmonie vendredi prochain.

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