Solaris – Dai Fujikura

Solaris – Dai Fujikura

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Un opéra d’une heure 35’ environ avec projection 3D, traitement électronique temps réel et danseurs doublant les protagonistes. Tiré du célèbre roman de science-fiction Solaris de l’auteur polonais Stanislas Lem (1961) [résumé ici]. Tout cela faisait très étrange dans le vénérable théâtre des Champs-Elysées !

Au débit, une version très réduite et simplifiée de l’ouvrage : malgré les moyens engagés et l’appel à des séquences vidéos, ici, plus d’océan, plus de soleils rouge et bleu ou de spectaculaires formes temporaires. Certes, il fallait bien adopter une écriture d’opéra, et l’on a voulu privilégier les affres du personnage principal, Kris, plutôt que l’environnement si perturbant décrit dans le roman. Ensuite, je ne suis certes guère concerné par la danse, mais la place qui lui était accordée, avec quelques moments spectaculaires, m’a paru trop prépondérante, on dirait presque un opéra-ballet… Enfin pourquoi avoir utilisé l’anglais (Dai Fujikura insiste sur les liens entre sa musique et la prosodie), mais cette œuvre a été commandée par le Théâtre des Champs-Élysées, l’Opéra de Lille, l’Opéra de Lausanne et l’IRCAM ? Sans doute dans l’espoir de voir cet ouvrage représenté ultérieurement hors pays francophones.

Au crédit, la qualité de la musique de Dai Fujikura, si variée et efficace ; dans quelques passages on a cru reconnaître l’influence de quelques compositeurs d’opéra du XXe siècle (dont le nom commence par un B…). Le traitement électroacoustique était en fait très sophistiqué. Les haut-parleurs répartis dans la salle apportaient une véritable valeur ajoutée à l’ouvrage : double de la voix – intérieure – de Kris (chantée en coulisse par un autre chanteur et traitée électroniquement), parties d’orchestre (trombone…) relayées dans la salle et, peut-être le plus troublant, le léger traitement en temps réel de la voix de Hari qui contribuait ainsi à lui conférer sa nature irréelle. L’opéra commence par bien 4 ou 5 minutes d’une vidéo 3D d’une sorte de brouillard, dans un silence total (mis à part les nombreux catarrheux), début très impressionnant en fait, ponctué de « ha ! » de satisfaction de quelques douairières pour montrer leur impatience.
Au total, une œuvre brillante, d’une superbe esthétique, à laquelle on peut reprocher une seule chose : seulement 2 représentations à Paris, ce qui est assez incroyable quand on sait le temps qu’a passé le compositeur et à l’IRCAM et au TCE pour la préparation. Cette production va passer ensuite à Lille et à Lausanne (cf.) : Lillois et Lausannois, précipitez-vous pour assister à ce spectacle si original. Il est annoncé que France Musique a enregistré l’ouvrage (l’excellent Ensemble Intercontemporain avait enregistré la totalité de la partition pour permettre ensuite la programmation informatique) : on attend avec impatience cette possible diffusion pour mieux étudier la musique. A associer, l’excellent chef d’orchestre, Erik Nielsen.

La critique de Chantal Cazaux

Mon interview de Dai Fujikura

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