Alexandre Tharaud joue Abrahamsen, Pesson et Strasnoy

Un disque Erato

Le mélomane qui se promène devant les bacs – s’ils existent toujours – risque d’acheter ce disque par erreur, pensant à une compilation du célèbre pianiste français. Mais il est heureux de voir des artistes très “marketés” se mettre au service de la musique contemporaine.

Hans Abrahamsen (1952*) – Left alone – Concerto pour main gauche
Ce compositeur danois est censé appartenir au courant de la “nouvelle simplicité”. L’idée de ce concerto lui est venu d’un problème physique l’empêchant d’utiliser correctement sa main droite pour jouer du clavier.
L’œuvre est en six courts mouvements, un premier animé sur un motif, un 2e, lent assez prenant. Le 6e est le plus développé, on attend qu’il se passe quelque chose quand cela s’anime légèrement au bout de 3′ dans une ambiance new age. Guère palpitant…

Gérard Pesson (1958*) –  Future is a faded song 
On s’attend avec la musique de Gérard Pesson à quelque chose d’intelligent et d’un peu ténu (son sobriquet chez ses collègues : “peu de son”).

Voici la présentation par l’auteur de cette œuvre en un seul mouvement :

Le piano, dans ce concerto où la virtuosité est plus souvent en creux qu’en plein, prend la parole immédiatement avec trois notes directes et simples, qu’on joue d’une main. Ces mêmes notes vont aller peu à peu jusqu’à se diluer en un toucher si léger que seul le souvenir, la silhouette d’un motif oscillant ou exténué tiendront lieu de musique. Musique d’un seul doigt parfois, épelant des fantômes de mélodies (le faded song…), filant des unissons qui dessinent un paysage à horizons diatoniques. À cette blancheur mélodique répond la succession de moments musicaux construits souvent sur des figures simplifiées, des stéréotypes, comme j’en ai souvent utilisés dans ma musique – chevauchées, marches, valse de l’Allegro assai (clin d’œil à Ravel), tango hybridé de bossa-nova, toujours pulsés par une sorte de nerf rythmique dont le glissando (vif ou extrêmement lent) est la contraction la plus fréquente. L’orchestre, fait d’alliages et de découpes, n’est jamais que le résonateur du piano qui a lui-même un double, comme une ombre légère : un second piano dans l’orchestre.

Une pièce touffue mais d’une belle cohérence et à l’orchestration très originale. L’orchestre y est effectivement comme un résonateur du soliste. Une œuvre passionnante et attachante.

Oscar Strasnoy (1970*) – Kuleshov
Cette pièce est inspirée par l’effet de montage cinématographique Lev Koulechov :

L’œuvre a effectivement comme un ‘parfum’ cinématographique, souvent ludique, parfois onirique, elle met bien en valeur les qualités du soliste.

Un disque original et bienvenu.

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