Suzana Bartal – Interview

Suzana Bartal – Interview

Suzana Bartal – Photo : Jean-Noël Martin
Suzana Bartal – Photo : Jean-Noël Martin

Enfance – Études

Suzana Bartal est née de parents hongrois à Timisoara, ville multiculturelle où se croisaient à l’époque Allemands, Serbes, Hongrois, Bulgares et bien sûr Roumains.

Elle dut donc parler d’abord hongrois et roumain avant d’intégrer une école allemande et d’apprendre le français avec sa maman professeur de français, puis une école d’art spécialisée où elle a également appris l’italien ce qui fait qu’elle parle maintenant 6 langues couramment. Sa famille n’était pas spécialement musicienne, mais si ses parents étaient mélomanes, son grand-père était un musicien amateur et c’est sans doute grâce à lui qu’elle prendera goût et commencera le piano à l’âge, seulement pourrait-on dire, de 8 ans.

Sa progression sera fulgurante puisqu’elle remportera à l’âge de 11 ans son premier concours national, donnera son premier concert (d’une heure !) à l’âge de 12 ans et jouera son premier concerto à 13. Elle vient s’établir en France en 2005 où elle suivra notamment les enseignements de Denis Pascal et de Florent Boffard, puis de Peter Frankl (« immense artiste qui, lorsque je lui présentai mon répertoire à sa demande, me dit : et la musique de chambre ? ») à la prestigieuse Université Yale aux Etats-Unis, pour ensuite s’enrichir en suivant des masterclass ou des cours de perfectionnement auprès de par exemple András Schiff, Menahem Presser, Jean-Claude Pennetier ou encore Leon Fleischer.

Répertoire

« Mon répertoire est très changeant », et de citer pèle-mêle Bartók bien sûr, mais aussi Schumann, la musique française : Debussy, Ravel, Franck ou encore la musique russe. Je lui pose la question de savoir s’il y a tout de même des compositeurs dont elle n’apprécie pas la musique ou qu’elle « ne sent pas », et comme je m’y attendais vient Rachmaninov. Mais ce n’est plus le cas depuis qu’elle a entendu Rachmaninov par lui-même dans ses concertos (le fameux 2e avec Stokowski par exemple) « sans doute le plus grand pianiste du XXe siècle »).

Elle ne veut pas se laisser enfermer dans un type de répertoire. Elle prise particulièrement la musique contemporaine (« celle qui dégage des émotions »), cf. son récent récital au Conservatoire du 12e arrondissement qu’elle a repris avec beaucoup de succès à Los Angeles. Elle aimerait aborder des partitions avec traitement électronique en temps réel de l’instrument.

Elle a à son répertoire la plupart des grands concertos du répertoire (Bartók, Liszt, Brahms, Beethoven, Haydn, Schumann…). Suivant les conseils de Peter Frankl, elle pratique beaucoup la musique de chambre (« de nombreux jeunes pianistes estiment encore que ce serait déchoir que faire autre chose qu’exclusivement une carrière de soliste »).

Pratique de l’instrument

« Je joue en général 4 à 5 heures par jour ; je commence toujours, en abordant une nouvelle partition, à la mémoriser en entier. Ce n’est qu’ensuite que j’en travaille l’interprétation et les détails. J’ai la chance de pouvoir mémoriser vite : j’ai pu donner ainsi en 2008, lors du centenaire de Messiaen, l’intégrale de ses Préludes sans partition. Mais il faut savoir s’accorder quelques plages de repos ! ».

Pianistes

A part Rachmaninov, elle est fan de Grigory Sokolov (« c’est rare de nos jours de voir autant de prise de risques, d’entendre des interprétations si personnelles, où chaque note sonne comme vécue – il y a pléthore d’excellents jeunes pianistes maintenant, mais c’est un peu comme au cinéma : beaucoup de beaux acteurs, mais qui se ressemblent tous : où sont les personnalités d’antan ? »). Pour les anciens, elle cite volontiers Cortot, Kempff, Haskil, Lipatti et chez les pianistes vivants, parmi de nombreux autres : Leif Ove Andsnes, Daniil Trifonov ou Nicholas Angelich. Elle dit le plus grand bien de ses partenaires de musique de chambre : Henri Demarquette, Anne-Sophie Le Rol, Alexandra Soumm, Benedict Klöckner, Deborah Nemtanu, Hildegarde Fesneau, Karen Vourc’h, Delphine Haidan, Stéphanie-Marie Degand, Pierre Génisson, Solenne Païdassi ou encore Yan Levionnois.

Projets

A la question « Imaginez que je sois millionnaire demain et que j’exhausse votre vœu en tant que pianiste, quel serait-il » ? Je m’attendais éventuellement à une série de concerts à Carnegie Hall, Vienne, Berlin, etc. pas du tout : « Ce serait de créer un festival en France pour faire venir jouer des amis et les faire découvrir ici comme le merveilleux violoncelliste Benedict Klöckner par exemple ».

Son été sera français cette fois-ci, à l’Opéra de Vichy ou à « Classique au vert » par exemple. cf. ses actualités.

Une personne attachante, qui sous son mince physique semble une personne aussi talentueuse que décidée et qui me paraît promise à une  très belle carrière.

On rappellera son excellent disque Schumann. En attendant le prochain, on peut la retrouver ci-dessous lors d’une émission de France-Musique.


Schumann : 1ère et 7ème Kreisleriana par Suzana… francemusique

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