Rencontre avec Louis Lortie, pianiste francophone international

Louis Lortie
Louis Lortie Web site

Nous avons eu la chance de rencontrer hier le pianiste canadien Louis Lortie sortant de la répétition du 2e concerto de Chopin avec Emmanuel Krivine et l’Orchestre philharmonique de Radio-France.
(c’est ce soir sur France Musique).

Salles de concert

Nous étions installés dans l’auditorium de Radio France pour cette rapide interview. Des techniciens sortaient la console de l’orgue de la salle pour des tests et on s’est regardé en l’entendant : pas un brin de réverbération dans la salle. Il me confiait avoir été dérouté par la faible présence sonore quand il s’est écouté dans le studio… et espère que les choses auront été arrangées pour le concert de demain soir.

Le pianiste

L’homme est d’un abord très simple. Il est un peu dérouté par les jeunes pianistes qui « donnent l’impression d’avoir un orgasme à chaque note », qui jouent extrême : trop vite ou trop lent, trop fort souvent. Un peu épaté aussi par l’abondance de pianistes asiatiques, comme lors du dernier concours Chopin, où figurait dans le palmarès un seul pianiste d’origine occidentale (justement le canadien Charles Richard-Hamelin, 2e).
Il donne en moyenne un peu plus de 60 concerts par an, dans le monde entier : il suffit de consulter son agenda pour le seul mois d’octobre : Puerto Rico, Bournemouth, Paris, Vienne.

Enregistrements

Cela fera bientôt 30 ans qu’il enregistre presque exclusivement pour la firme britannique Chandos. Vers l’âge de vingt ans, un projet d’enregistrement des 2 concertos pour piano de Chostakovitch prenait du retard et on lui demanda d’apprendre les partitions sur le pouce pour permettre de procéder à des réglages. C’est ainsi qu’il fut repéré et commença sa collaboration avec la firme pour maintenant près de 30 CD… « Il est amusant de constater que les deux pianistes « maison » de cette firme du Nord de l’Angleterre, qui a enregistré une grande partie du répertoire britannique, soient deux francophones : Jean-Efflam Bavouzet et moi-même ». Il est très heureux de cette collaboration.
Il a comme quasiment seul partenaire en musique de chambre Augustin Dumay (« il faut que ça clique ! »).

Répertoire

Lui indiquant que mon blog était assez orienté musique contemporaine, je ne m’attendais pas à trouver un amateur ! « Quel dommage que les gens aient si peu de curiosité ! J’apprends au moins une œuvre contemporaine tous les ans, je joue George Benjamin, Thomas Adès, Eliott Carter, Heinz Holliger, etc. ». Les 2 plus importants concertos pour piano récents sont à ses yeux ceux de Lutoslawski (qu’il a enregistré) et de Ligeti. Il était curieux de savoir comment était celui de Tristan Murail donné il y a peu dans cette même salle. Son grand souhait : que Chandos lui permettre d’enregistrer un CD de piano contemporain !

Chef d’orchestre

C’est pour lui un grand plaisir de compléter un programme de concerto en dirigeant lui-même une œuvre en deuxième partie. « Tout le monde devrait le faire : on apprend tellement ». Cela lui permet d’apprécier les chefs qu’il rencontre (« il y a tant de bons techniciens qui ne produisent que du vide et tant de musiciens géniaux qui peinent à maîtriser l’orchestre »). Il dirige fréquemment des concertos du clavier : « il faut certes un bon Konzertmeister pour vous épauler, de plus cela permet de répéter un concerto autant que de besoin ». Je lui ai demandé jusqu’où cette pratique pouvait être menée dans le répertoire : « Pour Mozart, l’idée même d’un chef d’orchestre aurait paru incongrue à l’époque ; cela fonctionne parfaitement par exemple pour le concerto de Grieg, ou même pour le 2e de Liszt, mais pas pour son 1er ». Il a beaucoup d’admiration pour Emmanuel Krivine : « je l’ai connu dans ses dernières années à Lyon : le travail qu’il avait accompli avec cet orchestre était remarquable ». Il a été agréablement surpris de constater le soin qu’il a pris à faire sonner l’orchestre de Chopin.

Références

« Bien sûr que l’on écoute les enregistrements des anciens : on ne peut pas ne pas connaître l’évolution des interprétations. Un de mes premiers chocs dans Chopin a été Witold Małcużyński , d’un ton inimitable, mais il faudrait aussi citer entre autres Clara Haskil (les jeunes pianistes : Haskil, Haskil ? ah, le nom du concours de piano !) ou Wilhelm Kempff ». Parmi les pianistes actuels il préfère ceux qui lui apparaissent être de vrais artistes et non des bateleurs d’estrade, comme Bertrand ChamayouFrancesco Piemontesi ou Martin Helmchen.

Projets

S’il a enregistré l’intégrale Ravel il y a de nombreuses années, il compte accorder plus de place au répertoire français, tel un projet de CD Fauré, mais aussi Scriabine et un concerto pour deux pianos de Ralph Vaughan Williams (« la commanditaire jugea la partition initiale pour piano seul trop difficile et demanda au compositeur d’en faire un concerto pour deux pianos. Bartók assista à la création et envoya une lettre de félicitations à Vaughan Williams »).

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