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L’auteur du livret, Dirk Wieschollek, me paraît bien caractériser la musique d’Unsuk Chin :
« C’est grâce à son immanente sensualité et à l’intensité de ses couleurs que la musique d’Unsuk Chin s’est imposée sur toutes les scènes musicales du monde : elle scintille et brille, crépite et flamboie au gré de transformations et métamorphoses chimériques et inépuisables du tissu instrumental polyphonique, générant inlassablement des constellations sonores inouïes. Mais l’originalité de ses œuvres ne se réduit ni à leurs textures chatoyantes ni à leur séduisante orchestration : elle tient plus encore à la complexité des moyens multidimensionnels que la compositrice met en œuvre, à leurs caractères ambigus et à leurs potentialités fantasmagoriques, dans un va-et-vient entre construction formelle et puissance expressive. Dans la pensée musicale de Chin, couleur et structure sont l’avers et le revers d’une même médaille. »
Au programme de ce CD de l’Ensemble Intercontemporain dirigé par son Directeur musical, Pierre Bleuse : Gougalōn, Scenes from a Street Theatre, Double Concerto for Piano, Percussion and Ensemble et Graffiti for Chamber Orchestra.
C’est une fête pour l’oreille et l’esprit ; l’élève de Ligeti propose toujours des œuvres certes d’une grammaire « moderne » mais présentant à la fois une structure intelligible et des événements surprenants. Gougalōn est une sorte de réminiscence de théâtres amateurs itinérants de la Corée, 6 pièces qui doivent faire le bonheur des percussionnistes !
Percussions que l’on retrouve dans le Double Concerto for Piano, Percussion and Ensemble, œuvre d’un seul tenant de 19′ et d’un abord moins immédiat. Piano préparé, certaines cordes également : on a ainsi une sorte de fusion des sonorités, très réussie par les instrumentistes et leur chef.
Graffiti est en trois mouvements : un Palimpsest mystérieux et mouvant, un Notturno urbano tout en « cloches » assez angoissant et une Passaglia un peu Webernienne, élégante, presque « classieuse ».
Sans doute un des disques de l’année.
La grande question : comment ai-je fait pour ne pas avoir encore écrit à propos de la musique d’Unsuk Chin ?!
Un disque Alpha.
Vendredi dernier, Tugan Sokhiev dirigeait le Philar’ pour la création française de Frontispiece, petite pièce de moins de 9′ aussi enlevée que sophistiquée, appelant moult pièces du répertoire symphonique – mais ce n’est pas la Sinfonia de Berio : il faut une oreille bien entraînée pour, sinon reconnaître, du moins citer les noms des œuvres au fur et à mesure qu’elles apparaissent fugitivement ; mais ce n’est pas important relativement au kaléidoscope de couleurs et de musiques proposé. Ici. (La pièce commence à 5’35 »).
