Intégrale Debussy – Warner

C’est le 25 mars 1918 que décédait Claude Debussy. Signe des temps, contrairement à ce qui se disait il y a mettons quarante ans, au travers de rencontres avec divers compositeurs et musiciens, nombreux sont ceux à préférer jouer – ou se réclamer de – Ravel plutôt que Debussy.

Mon ami Norman Lebrecht a publié une sorte de pamphlet Anti-Debussy : « Among composers of the 20th century and beyond there is an irreconcilable rift between those who believe that every note has relevance to the human condition and those who maintain that music is just notes and combinations of notes, with no broader significance ».

Cela me rappelle un déjeuner avec un critique français qui me demande quel est pour moi le compositeur le plus important du XXe siècle ; comme j’hésitais entre Boulez, Messiaen ou Stockhausen, il me répondit « pour moi c’est Chostakovitch », ce qui me laissa coi quelques minutes…

D’où ce petit papier pour saluer cette édition. On trouvera sur le site qui lui est consacré les très belles estampes japonaises illustrant chacun des 33 CD.

Toute intégrale provoque enthousiasmes et déceptions et comme je ne suis pas commandité pour écrire ces lignes, je me contenterai de citer quelques perles, en regrettant tout de même que l’on n’ait pas saisi l’occasion de rééditer la version de Jeux par Armin Jordan, les Mélodies enregistrées par Maggie Teyte & Alfred Cortot ou les Images par Stokowski. 

Mais on a, entre bien d’autres, le piano tintinnabulant de Monique Haas dans MasquesChildren et l’Isle joyeuse de François, l’orchestration par Debussy des Gymnopédies 1 & 3 (qui me font penser irrésistiblement au Gingle d’Antenne 2 d’il y a donc quarante ans avec les dessins de Folon et la musique de Michel Colombier…) ou encore Rodrigue et Chimène orchestré par Edison Denisov,

Voici, extrait du livret, les nouveautés de cette intégrale :

Parmi les œuvres enregistrées pour la première fois figurent :
— la Chanson des brises pour soprano solo, chœur de femmes et piano à quatre mains de 1882, dont le manuscrit complet a été découvert récemment ;
— la première version de 1898 des deux Chansons de Charles d’Orléans ;
— Diane au bois, comédie lyrique pour soprano, ténor et piano de 1885-1887 ;
— le début de La Chute de la maison Usher, tel que Debussy l’a laissé en 1916 ;

À cet ensemble, on a joint également les réductions de piano de Khamma, dont l’orchestration est principalement due à Koechlin, et de Jeux, celles-ci donnant une idée sur la manière dont les danseurs ont conçu leur chorégraphie. Par ailleurs, certaines des transcriptions réalisées par Debussy dans les années 1890 n’avaient jamais été enregistrées :
— À la fontaine, op. 85 de Robert Schumann, transcrite pour piano deux mains ;
— l’Humoresque en forme de valse, op. 159 de Joachim Raff, transcrite pour piano deux mains ;
— la Symphonie n° 2 et les Airs d’Étienne Marcel de Camille Saint-Saëns, transcrits pour deux pianos, quatre mains.

Ont été ajoutés plusieurs arrangements d’œuvres de Debussy émanant de compositeurs avec lesquels il entretenait des relations amicales. Ainsi, tous ceux d’André Caplet (piano seul, deux pianos, et orchestrations), même lorsqu’ils ont été réalisés après la mort de Debussy, ont été inclus dans cette intégrale, notamment celui des deux Ariettes oubliées enregistrées pour la première fois. Debussy a approuvé la plupart d’entre eux, en dirigeant à plusieurs reprises l’orchestration du Children’s Corner ou en jouant Ibéria dans la version à deux pianos. Il en est de même pour ceux de Jean Roger-Ducasse, Henri Büsser, Désiré-Émile Inghelbrecht ou Bernardino Molinari.

Quant aux transcriptions et orchestrations de Maurice Ravel, elles témoignent de l’admiration qu’il avait pour Debussy. Signalons par ailleurs que Debussy s’était lié d’amitié avec le violoniste Arthur Hartmann et avait transcrit pour lui l’un de ses Préludes pour piano, Minstrels. Il les joua en concert le 5 février 1914 avec les deux autres arrangements qu’Hartmann avait conçus avec son assentiment, l’un extrait d’un des Préludes,La fille aux cheveux de lin et l’autre d’Il pleure dans mon cœur, la deuxième des Ariettes oubliées.

Enfin, figurent en complément le seul enregistrement acoustique connu de Debussy, accompagnant Mary Garden et réalisé en février 1904 pour la Compagnie Française du Gramophone, ainsi que les rouleaux des quatorze pièces pour piano notés avec le système Welte-Mignon, que Debussy enregistra vraisemblablement en novembre 1913.

Denis Herlin
© 2017 Warner Classics

 

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