Rencontre avec le pianiste Nicolas Horvath

Rencontre avec le pianiste Nicolas Horvath

Nicolas Horvath
©Perla Maarek

Nicolas Horvath - site - est un  pianiste hors norme.
Jeune homme doué mais pas enfant prodige, il se lancera assez tardivement dans la carrière, passera nombre de  concours juste avant la limite d’âge  pour prendre son essor ces dernières années - en témoigne son « one piano show » de toute une nuit consacrée à la musique de Philip Glass donné il y a quinze jours dans la grande salle de la Philharmonie…
Parcours

Né en 1977 à Monaco de parents d’origine hongroise et  italienne, seul un grand-père était musicien, ayant d’ailleurs créé le premier jazz band dans le sud-est de la France. On voulut ainsi qu’il joue du saxophone, mais le petit Nicolas n’était intéressé que par l’orgue et le piano. «D’une nature timide et renfermée, le piano était mon moyen de communication. A l’Académie de Monaco, je travaillais uniquement pour les concours, mais comme j’étais très bon en dictée musicale, je m’en sortais bien » (ce n’est que plus tard qu’on lui apprit qu’il avait l’oreille absolue). Issu de parents ouvriers, le piano n’était considéré que comme un hobby, et lui se voyait soit prêtre, soit testeur de jeux vidéo.

Une bonne étoile apparut à ses quatorze ans : il gagna un concours à Monaco avec notamment la Fantaisie K 475 ; dans le public, le chef d’orchestre Lawrence Foster – sa fille participait également à ce concours – fut saisi d’admiration devant le jeune pianiste et lui proposa de lui obtenir une bourse pour partir étudier 3 étés aux USA. Ce n’est finalement qu’à 16 ans qu’il passera le premier été de 3 mois à Aspen – Colorado (« À l’époque les grandes écoles de piano étaient la Julliard – dont Aspen était une émanation, Moscou et Toho Gakuen au Japon »). C’est là qu’il ‘travailla comme un malade » et surtout qu’il prit conscience qu’il aimerait devenir pianiste…

Il jouera le concerto de Scriabine à Monaco (premier témoignage de son goût pour des répertoires sortant des sentiers battus) et fut remarqué par Brigitte Engerer en jouant les Funérailles de Liszt.

Il travailla deux ans avec le pianiste Gérard Frémy (« il me faisait un prix pour ses cours afin qu’il me reste de l’argent pour m’acheter des disques, on partageait la même passion des enregistrements historiques») il lui fit découvrir Schoenberg, Wyschnegradsky, Cage…

Il passera par l’École normale où « j’ai végété ». D’un naturel trop curieux, il proposait toujours des programmes trop décalés dont ses professeurs ne voulaient pas. « A force de me faire jouer des morceaux qui ne me plaisaient pas, j’étais devenu sec et jouait sans âme ».

Il rencontrera Bruno Leonardo Gelber qui le fera reprendre ses bases à zéro pendant trois ans, assisté par Germaine Devèze (« Passer de la Rhapsodie Espagnole aux Heures du Matin de Czerny … c’était pas facile »). Pour  réaliser cela, et tenir le programme prévu, Gelber lui interdisait tout concert, ou concours.

Ne pouvant plus utiliser le piano pour s’exprimer, il se tourna vers la musique électroacoustique (avec Gino Favotti au CRM de Paris 20e et Christine Groult au CRD de Pantin, ainsi que des masterclasses avec Christian Zanesi et François Bayle), ce qui lui permet aussi de découvrir l’avant garde musicale ainsi qu’une armée de compositeurs vivant dont il n’a jamais entendu parler.

C’est à la trentaine, à la mort de sa grand-mère qu’il s’inscrit au concours Scriabine deux semaines avant le début du concours «par pur catharsis »,  travailla « comme un malade » et  remporta à sa grande surprise le 1er prix. Il enchaîna alors concours et distinctions : Osaka, Nono, Fukuoka, Yokohama, etc.

C’est à cette époque qu’il rencontrera Oxana Yablonskaya, Leslie Howard – avec qui il jouera à deux pianos, Eric Heidsieck, Gabriel Tacchino ou Philippe Entremont et qu’il participera à nombre de master classes, (« sur mes premières bios de concert on me reprochait de faire du ‘name dropping’ !»). Il fait d’innombrables rencontres avec des artistes et des compositeurs avec lesquels il aime travailler tels que Denis Levaillant, Alvin Curran, Frederick Martin, Régis Campo, Michael Vincent Waller, Valentyn Silvestrov, Jaan Rääts… Il a créé des œuvres de plus de 150 compositeurs et presque une centaine d’œuvres lui sont dédiées (sous forme de concertos, sonates, études, toccata, préludes….).

Goûts musicaux

Le premier nom qu’il mentionne sans même prendre le temps de réfléchir est Alexandre Scriabine « quand je joue sa musique, je me sent vraiment chez moi » ; à la suite du Christus il avait eu un projet d’intégrale des Sonates qui est tombé à l’eau. Sinon il essaye de garder sa curiosité à l’image de son actualité récente : une tournée avec tous les Nocturnes de Chopin, suivi de l’intégrale Glass à la Philharmonie, un récital de musiques estoniennes en Allemagne. Il a en projet quelques concerts autour de la musique de Liszt à venir ainsi que Debussy.

Pour les pianistes, il semble plus intéressé par les pianistes du passé, son idole absolue étant Vladimir Sofronitsky, Il cite ensuite Joseph Hofmann, Alfred Cortot, Walter Gieseking, Raymond Lewenthal, Sviatoslav Richter, Elly Ney, Arthur Schnabel, Youra Guller, Thierry de Brunhoff …

Premiers disques
Il commence à monter librement les programmes de ses concerts en y ajoutant toujours un quart dédié aux compositeurs vivants  – il jouera tout Satie à Perpignan ou Honfleur).

Il enregistre un album de Musique de Chambre de Thérèse Brenet pour JTBProd et ensuite Christus de Franz Liszt pour le label Hortus.

5 titres solo (Debussy, Duchamp, Hersant, Catoire & Greif) sur le double album « The French Avant Garde of the XX Century »  pour LTM, puis suite à un concert Philip Glass qui connu un certain succès, il fut contacté par Naxos pour enregistrer cette musique.

Nicolas Horvath - Franz Liszt - Christus
Nicolas Horvath – Franz Liszt – Christus
Projets

Depuis de nombreuses années, il travaille sur un projet qui va enfin se concrétiser chez Naxos – Grand Piano Records : l’Intégrale « Urtext » de l’œuvre d’Erik Satie en très étroite collaboration avec les deux plus grands experts de ce compositeur Ornella Volta et Robert Orledge : 9 CD à raison d’un par mois « Ce sera enregistré sur des pianos d’époque comme un Erard 1880 qui appartenait à Cosima Wagner ».

Puis le premier volume d’une intégrale des sonates du compositeur estonien Jaan Rääts en première mondiale ainsi que d’autres compositeurs estoniens : l’intégrale de la musique pour piano de Karl August Hermann (1851-1909) en première mondiale également, des intégrales des pièces et concertos pour piano d’Erkki-Sven Tüür et de Tõnu Kõrvits et aussi  d’autres albums consacrés aux compositeurs Mihkel Kerem, Renee Eespere et Lepo Sumera.

Enfin, un projet de CD Debussy autour duquel il entretient un grand mystère… (mais apparemment pas de Scriabine, son compositeur préféré).

Ici, sa playlist sur Youtube.

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