Rencontre avec Pierre-André Valade – Pierre-André Valade interview

Rencontre avec Pierre-André Valade

Pierre-André Valade - photo : Claude Dufêtre
Pierre-André Valade – photo : Claude Dufêtre
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Rencontre avec Pierre-André Valade

Décidément les chefs d’orchestres français ne sont pas prophètes en leur pays : le prochain concert parisien de Pierre-André Valade (« PAV ») sera pour… le 7 mars 2015. Mais on y sera : au programme, avec le Philharmonique de Radio-France : le concerto pour piano de Tristan Murail avec Pierre-Laurent Aimard et une création d’Hugues Dufourt !

Comment devient-on chef d’orchestre ?

PAV, né en 1959, après des études au conservatoire de Toulouse,  puis auprès de Michel Debost à Paris, est devenu un flûtiste de très haut niveau. Toujours intrigué par l’activité des chefs qui le dirigeaient, il leva pour la première fois sa baguette par hasard en 1989 : le compositeur chilien Sergio Ortega voulut faire un concert d’œuvres des élèves de sa classe de composition avec, à la place des habituels meilleurs éléments du conservatoire, d’excellents musiciens freelance professionnels, lorsqu’il s’aperçut avec horreur qu’il avait oublié d’engager un chef… Il proposa à PAV de diriger l’ensemble, ce qu’il fit, mort de trouille, mais avec succès ! Il évolua dans un cercle de jeunes compositeurs, toujours curieux et fasciné par le génie créateur. C’est ainsi qu’il fonde en 1991 avec Philippe Hurel l’ensemble Court-circuit dont il sera le directeur musical pendant seize ans jusqu’en 2008. Il débute une collaboration avec un agent de concert londonien en 2000, et prend son envol de chef tant en musique contemporaine que dans le « grand répertoire ».

Autodidacte de la direction d’orchestre (« les musiciens sont les meilleurs professeurs pour un jeune chef »), il fut néanmoins épaulé et conseillé par Pierre Boulez,  et d’autres « bonnes fées » lui mirent le pied à l’étrier, comme par exemple en Italie la sœur de Claudio Abbado, Luciana Abbado Pestalozza, ou le compositeur John Woolrich à Londres, ou encore le Directeur du Festival de Perth, David Blenkinsop, qui lui offrit en 1996 son premier engagement symphonique de grande ampleur avec la « Turangalîla Symphonie » d’Olivier Messiaen.

Il abandonna définitivement la flûte en 1995 : « on peut garder 80% de son niveau en pratiquant un peu, mais comme ce sont les 20% restants qui sont intéressants… continuer n’avait aucun sens ».

Comment passe-t-on du contemporain au répertoire plus traditionnel ?

PAV : « La grande différence est la prise en compte pour le répertoire plus ancien des traditions d’interprétation existantes, certaines intéressantes, riches, dont on peut se nourrir, d’autres moins dont il faudra chercher à s’écarter. Je suis perçu dans le milieu musical comme chef spécialisé dans la musique moderne. J’ai une véritable passion pour la modernité, et c’est avec ces yeux que je regarde la musique du passé. C’est pour moi un moyen de la magnifier, de la rendre actuelle, et non de la révérer comme une musique de musée. Il est aussi essentiel de considérer la musique du passé avec des yeux actuels, que de considérer la musique contemporaine en liaison avec le passé, dans sa continuité. »

S’il regrette un peu d’avoir refusé il y a une douzaine années un projet d’engagement avec la Philharmonie de Berlin, ne s’estimant pas assez prêt, il envisagerait maintenant avec intérêt la possibilité de devenir directeur musical d’un orchestre (parmi les grands orchestres qu’il a dirigé, il ne tarit pas d’éloges sur celui de la Tonhalle de Zurich, qui aura d’ailleurs très prochainement un jeune chef français à sa tête, Lionel Bringuier).

Il refuse de répondre directement à mes questions bébêtes : je lui mettais en main un choix draconien : devenir chef de l’EIC (qui a déjà joué du Mozart sous la direction de Boulez) ou de la Philharmonie de Vienne (qui a déjà joué du Boulez sous la direction d’Abbado)… et une très bonne réponse à ma question sur ce que serait pour lui le Graal en tant que chef : « mon prochain concert… » : il rêvait de pouvoir monter Le Sacre : il a eu l’occasion de le faire, et… on passe à d’autres quêtes !

Quelles sont les qualités requises pour être chef ?

PAV donne régulièrement des masters classes : bien sûr il faut être un excellent musicien, bien sûr il faut être un bon communiquant et savoir fédérer des dizaines d’instrumentistes chevronnés, les inspirer, puis il faut aussi aimer la solitude, ou à tout le moins pouvoir l’apprivoiser : « you have to like your own  company ».

Les publics

PAV concède volontiers qu’il est très sensible à la qualité du public : lorsque la qualité d’écoute est palpable – sensation qui reste assez mystérieuse – il arrive que cela influe sur sa direction ! Il préfère néanmoins les publics ou très spécialisés et avertis ou au contraire sans grande culture musicale ; dans l’entre-deux, les gens sont souvent influencés par de nombreux stéréotypes.

Sur le temps ou en avance ?

Pour PAV, cela dépend : de l’œuvre, de l’effectif, de l’orchestre, de la salle. Il sait combien son geste peu changer profondément et instantanément le son de l’orchestre.  Pour lui, il n’y a pas de règle absolue, même s’il aime diriger parfois en avance du temps, ce qui permet une plus grande respiration des musiciens et donc du son dans certains répertoires.

Icônes et inclinations

En ce qui concerne la musique contemporaine, PAV est un inconditionnel du mouvement spectral, tout en reconnaissant que dorénavant les compositeurs ne peuvent plus être aussi facilement classés dans des « écoles », intégrant souvent dans leur écriture des influences variées.

Il avoue une attirance très nette envers Beethoven, ce révolutionnaire qu’il considère presque comme un « copain » quand il le dirige.

En ce qui concerne ses chefs préférés, il cite bien évidemment Pierre Boulez, Esa-Pekka Salonen (« il semble improviser la musique, il a ce rapport immédiat au résultat musical, superbe ! ») et au-dessus de tout, Carlos Kleiber. (NDLA : J’avais déjà abasourdi – il faut le faire… – Philippe Manoury en lui disant que je ne goûtais guère ses deux interprètes préférés : C. Kleiber et S. Richter : l’histoire se répète avec PAV !).

On s’est quitté bien trop rapidement : le temps est compté et il partait pour le Danemark diriger l’Athelas Sinfonietta Copenhagen, l’un de ses deux orchestres avec l’Ensemble Orchestral Contemporain de Lyon où il a été nommé premier chef invité l’an passé.

En attendant mars 2015 donc, on peut le retrouver sur son site ou l’écouter diriger de superbes programmes Dufourt à la tête de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg :

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Interview with Pierre-André Valade

Decidedly French conductors are not prophets in their country: the next concert in Paris by Pierre- André Valade (PAV) will be for … March 7, 2015 . But we will be there! (the program with the Philharmonique de Radio-France : the piano concerto by Tristan Murail with Pierre- Laurent Aimard and a creation of a work by Hugues Dufourt).

How do you become a conductor?

PAV , born in 1959 , after studying at the Conservatory of Toulouse, and with Michel Debost in Paris , became a flutist of a very high level. Always intrigued by the activities of the conductors who were on the podium in front of him, he led his baton for the first time by chance: in 1989 the Chilean composer Sergio Ortega tried to make a concert of works by his students at his composition class with , instead of traditionally the best elements of traditional conservatory, excellent freelance professionals musicians, when he realized with horror that he had forgotten to hire a conductor … He proposed to PAV to conduct the concert , which he did, death funk, but with success! He played in a circle of young composers, always curious and fascinated by creative genius. Thus he founded in 1991 with Philippe Hurel the Court-circuit ensemble of which he will be the musical director for sixteen years until 2008. He began working with a London concert agent in 2000, and takes off head as contemporary music and ‘big repertoire’ conductor.

Self-taught conducting (« musicians are the best teachers for a young conductor ») he was nevertheless supported and advised by Pierre Boulez, and other  » good fairies  » who set his feet in the stirrup, as in Italy with Claudio Abbado’s sister, Luciana Abbado Pestalozza or the composer John Woolrich in London, or the Director of the Festival of Perth, David Blenkinsop, who offered him his first large-scale symphony engagement with the  » Turangalîla symphony  » by Olivier Messiaen in 1996. He finally gave up the flute in 1995: « You can keep 80 % of your level by practicing a bit, but only the remaining 20% are interesting … it did not make sense to pursue.»

How does one go from contemporary music to a more traditional repertoire?

PAV : « The big difference is taking into account for the earlier repertoire of existing traditions of interpretation, some interesting, rich, which can feed themselves , others less so that it will seek to depart . I am perceived in the music business as a leader specializing in modern music. I have a passion for modernity, and it is with these eyes I look at the music of the past. It is for me a way to magnify it, to make it current, not revere to it as museum music. It is as essential to consider the music of the past with today’s eyes, as to consider contemporary music in conjunction with the past, in its continuity.  »
A little sorry to have a dozen years ago dismissed an engagement project with the Berlin Philharmonic, he thought he was not yet quite ready by that time, he now would consider with interest the opportunity to become music director of an orchestra (one of the great orchestras he conducted, he raved about the Tonhalle Zurich, to which head will be very soon working a young French chef, Lionel Bringuier ) .
He refused to directly answer my corny questions: I put into his hand a draconian choice: to become head of the Ensemble Intercontemporain ( which has played Mozart under the direction of Boulez ) or of the Vienna Philharmonic (which has already played Boulez under the direction of Abbado) … and a very good answer to my question about what would be the Holy Grail for him as a conductor :  » my next concert …  » . For example he dreamed to be able to conduct the Rite : he had the opportunity to do so , and … we move on to other quests !

What are the nessary qualifications to be a conductor?

PAV regularly gives master classes: of course you must be a great musician, of course you must be a good communicator and be able to unite dozens of experienced instrumentalists, inspire them, then you must also love solitude, or at least to tame it « you have to like your own company.»

Public

PAV readily concedes that he is very sensitive to the quality of the public: when the listening quality is palpable – sensation that remains somewhat mysterious – sometimes it affects his conducting! However, he prefers highly specialized and knowledgeable public or otherwise publics without great musical culture: in between, people are often influenced by many stereotypes.

Conducting on time or in advance?

For PAV, it depends on the work, the orchestra’s size, or the hall. He knows how his gestures deeply and instantly change the sound of the orchestra. For him, there is no absolute rule, even if sometimes he likes to conducts ahead of time, which allows greater breathing for musicians and therefore sound in certain repertoires.

Icons and inclinations

With regard to contemporary music, PAV is an unconditional of the spectral movement, while recognizing that composers can’t now any longer be so easily categorized into « schools», often incorporating in their writing varied influences. He admits a clear attraction to Beethoven, a revolutionary he considers almost like a « buddy » when he conducts his music.

Regarding his favorite conductors, obviously he cites Pierre Boulez, Esa-Pekka Salonen (« he seems to improvise music; he has this immediate relation to a superb musical result! « ). And above all, Carlos Kleiber. ( Author’s note : I had already stunned – it must be done … – Philippe Manoury telling him that I hardly tasted his two favorite performers : C. Kleiber and S. Richter: history repeats itself with PAV !) .

It ended too quickly, time is running out and he left for Denmark to lead the Athelas Sinfonietta Copenhagen, one of his two orchestras with the Ensemble Orchestral Contemporain in Lyon, where he was appointed principal guest conductor the past year .

Therefore waiting for March 2015, you can be find him back on his website or listen to 2 superb Dufourt programs at the head of the Orchestre Philharmonique du Luxembourg:

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