Otto Klemperer – Les années allemandes

Otto Klemperer – Les années allemandes

Otto Klemperer - Les années allemandes
Otto Klemperer – Les années allemandes – Éditions Notes de nuit

Un livre passionnant et frustrant d’Eva Weissweiler à la fois consacré au chef d’orchestre Otto Klemperer (1885-1973). La frustration vient du fait qu’il est relativement condensé et qu’il s’arrête plus ou moins à la 2e guerre mondiale, relatant tout de même ses années américaines (chef du Los Angeles Philharmonic) après sa fuite du régime nazi en 1935. Le titre de la version originale allemande est mieux approprié : Otto Klemperer. Ein deutsch-jüdische Künsterleben.

Mais il est passionnant car il recrée les années musicales allemandes des années 20 et 30 et donne un portrait saisissant du chef d’orchestre.

Le titre de l’ouvrage en allemand donne bien la problématique de l’homme : comme son idole Mahler, il se convertira au catholicisme avant de se revenir au judaïsme à la fin de sa vie. Certains disaient même que s’il n’avait pas été juif, il serait resté collaborer à la vie musicale sous le régime nazi. On aurait aimé plus de témoignages de son humour ravageur. Ainsi, dans une lettre à Paul Dessau de 1971 écrite à Jérusalem : « C’est en effet très beau ici, le seul hic, c’est que la population se compose de juifs, ce qui est évidemment très déplaisant. Mais de quoi ne peut-on pas faire abstraction dans ce « pire des mondes possible » ?

On lira les intrigues politiques et confessionnelles qui émaillent cette période : pas assez juif pour les juifs, pas assez moderne pour les ultras, de droite pour les communistes, bolchévique pour l’extrême-droite, etc.
On connaîtra les batailles féroces entre Pfitzner et Busoni, ses rapports plus que tendus avec Schoenberg et nombre de témoignages de son immense charisme et ses représentations d’opéra à la fois ultra-modernes et intransigeantes, notamment pendant la période de l’opéra Kroll. S’il n’eut pas le loisir d’enregistrer des œuvres modernes à la fin de sa vie pour EMI, il se réjouissait d’aller entendre boulez diriger Parsifal à Bayreuth et appréciait la musique de ce dernier, ainsi que celle de Stockhausen.

Il eut 2 enfants, dont Werner, qui deviendra acteur aux États-Unis :

Ici une interview de 1961 à la BBC où l’on voit les stigmates de sa paralysie partielle consécutive à l’ablation d’une tumeur au cerveau qui le rendait sourd.

Rafael Kubelík était devenu très ami avec Klemperer ; c’est lui qui dirigea la 9e de Beethoven et la Musique funèbre maçonnique de Mozart avec le Philharmonia pour célébrer la mémoire de son ami.

Il écrivait à son propos en 1965 : « Ce fut une révélation de force et de concentration, […] une transfiguration au sens spirituel. Et par cette force intérieure, dont il a fait preuve dans la douleur – durant les années où il a vraiment beaucoup souffert -, il a montré que l’esprit était plus fort que le corps. Nul autre ne l’a prouvé mieux que lui.
Je me suis alors demandé ce que diriger voulait dire, ce qui signifiait la technique, quel était le sens de ce que nous faisions. A quoi rime tout cela ? Pourquoi l’apprenons-nous ? C’est complètement superflu ! Supposez que l’on puisse fusionner d’un seul coup tous les musiciens et tout ce qui a été composé […] pour voir jaillir de la baguette du chef d’orchestre l’essence métaphysique du compositeur : la métamorphose de ces forces est ce que j’ai vécu de plus extraordinaire, de plus grand et de plus beau ».

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