Luc Ferry et le Boulez bashing

Luc Ferry et le Pierre Boulez bashing

Pierre Boulez - Luc Ferry
Pierre Boulez – Luc Ferry

Mon blog n’est pas destiné à alimenter des polémiques stériles, notamment en matière de musique contemporaine, terrain ô combien fertile en France, mais là, j’ai été piqué au vif…

J’avais décidé d’acquérir toute la collection « Sagesses d’hier et d’aujourd’hui », éditée par Le Figaro, pour aider ma fille dans ses études littéraires ; devant le succès de la série consacrée aux grand courants philosophiques  il fut apparemment décidé de publier une suite, dont un numéro intitulé « La naissance de l’esthétique et la question des critères du beau ».

Luc Ferry - La naissance de l'esthétique et la question des critères du beau
Luc Ferry – La naissance de l’esthétique et la question des critères du beau

Appréciant ses chroniques et ses qualités de pédagogue, j’ai lu avec intérêt cet opuscule qui traite de « l’humanisation de l’art », avant d’en arriver aux passages traitant de la musique.

Pour étayer le fait que « À mesure qu’on ira vers l’art contemporain, l’œuvre d’art deviendra progressivement moins importante que son auteur« , l’auteur assure que « C’est particulièrement flagrant dans la musique contemporaine. Quiconque s’y intéresse connaît les noms de Ligeti, Boulez ou Stockhausen, mais lorsqu’on interroge pour savoir quelles œuvres ils ont écrites, les réponses, hors quelques fans, deviennent floues« .
Je lui propose d’assister à un concert* de l’Ensemble Intercontemporain à la Cité de la Musique et de faire un sondage : la majorité d’entre eux feront bien le distinguo entre Lux aeterna et Atmosphères, entre Pli selon Pli et Repons ou encore entre Stimmung et Gruppen

 

Mais cela n’est rien par rapport à ce qui suit ; voulant illustrer en quelque sorte le fait que « Des goûts et des couleurs on ne dispute point » : « J’ai des amis passionnés de Boulez, j’ai beau écouter et réécouter [vraiment ? NDLR] les œuvres, je les trouve consternantes, non seulement très moches, mais d’une absurdité qui frise à mes yeux (ou à mes oreilles) [joli ! NDLR] l‘imposture. J’ai fait tous les efforts requis [il y a une notice ? NDLR] pour essayer de « comprendre », non seulement rien n’y fait, mais, qui plus est, le sentiment s’installe irrésistiblement dans mon esprit que c’est, en effet [? NDLR], une pure affectation, une simple mode, du maniérisme sans fondement ni avenir [? NDLR]. Qui a raison, qui a tort ? C’est bien sûr impossible à dire ».
Que Luc Ferry n’aime pas la musique de Pierre Boulez, c’est son droit ; qu’il juge nécessaire d’en faire part dans ce petit essai, c’est curieux. Mais qu’il traite cette musique – « moche » fait déjà tache – d’absurde (par rapport à quel critère SVP ?) – de consternante ! J’apprécie hautement l’œuvre de Pierre Boulez et j’avoue n’avoir jamais pu – comme beaucoup de personnes également, finir Ulysse de James Joyce, contrairement à de nombreux compositeurs contemporains. Est-ce pour autant que je me permettrais de qualifier son œuvre de « pure affectation, de simple mode, de maniérisme sans fondement ni avenir » ? Certainement pas…

Je passe sur un passage suivant à propos de Sergiu Celibidache qui confine au pur amateurisme. Je ne ferai pas l’offense à Luc Ferry de faire un parallèle avec une ancienne  sortie du polémiste qu’est aussi Pierre Boulez (cela serait-il d’ailleurs en partie à l’origine de ce « bashing » ?), à propos de Jean-Pierre Raffarin, alors 1er ministre (de mémoire) : « les seuls concerts auxquels il assiste sont ceux de Johnny Hallyday, c’est vous dire le niveau ».

Du coup, mes prochains papiers seront consacrés à l’œuvre de Pierre… et comme dirait mon cher père, « si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres… ».

Réponse de L. Ferry : « Quant à ces pauvres Boulez, Stockhausen et autres malheureux Dusapin il y a bien longtemps que je ne les écoute plus tant je les trouve simplement ridicules (mais croyez moi, j’ai fait l’effort, parfois même partitions à la main !) ».

5 réflexions au sujet de « Luc Ferry et le Boulez bashing »

  1. C’est peut-être faire beaucoup d’honneur à ce personnage médiatique que de prendre ses écrits au sérieux. Ce serait comme de juger l’exquise musique de Boulez à l’aune de ses écrits dogmatiques et de ses déclarations à l’emporte-pièce.

  2. Il serait intéressant de faire un panorama général du rapport qu’entretiennent les politiques avec l’art (je ne parle pas de culture).
    Je pense qu’on serait encore plus consterné que par les âneries de Luc Ferry.
    Une sorte de bêtisier des remarques sur l’art.
    Peut-être proposer ça à Marcela Jacub ?
    (ha ha ha)

  3. Tendance politique mise de côté, moi qui suis plutôt de centre droite je suis tout à fait en phase avec Luc Ferry sur Boulez. Passionne de musique et musicien à mes heures perdues j’ai d’immenses efforts pour comprendre la musique post moderniste d’après guerre, Boulez en tête, j’en ai conclu qu’elle nageait dans l’imposture subventionnée et qu’elle ne pouvqpai pas en sortir. La musique de Boulez n’a aucun avenir, elle n’a pas trouvé de public en 60 ans, malgres ses discours fleuves et ses méthodes dictatoriales pour l’imposer, elle n’est qu’une « révolution culturelle  » destinée à tourner le dos au passé qui comme son homologue chinois n’a produit que dès désastres. Boulez est mort et on devrait pas s’attermoyer sur sa disparition que je trouve plutôt salutaire pour l’avenir de la composition musicale savante….

    1. Ce genre de commentaire me laisse coi (et prolixe), moi qui essaye justement de faire du prosélytisme de la musique contemporaine avec ce blog…
      On peut dire ce qu’on veut de Pierre Boulez ; polémiste et homme de pouvoir : il l’a cherché d’une certaine façon, mais évoquer sa musique avec le terme d’imposture !
      Ce serait comme qualifier Kandinsky de faiseur de lignes et de cercles ou Picasso de vil copieur de peintures célèbres… De plus cette époque est révolue (pas son œuvre) ; ainsi nombre de ses élèves ont passé outre sa période « sérialisme intégral »… Et, subventionnées ou pas, je préfère entendre de véritables créations, avec un discours, une proposition de découverte de nouveaux univers sonores plutôt (pour certains Français) que des resucées, qui de Ravel, d’Ibert ou d’Honegger qui font florès actuellement… Pour moi, en gros, une création musicale n’a aucun intérêt si d’emblée on perçoit son développement. Ou encore, j’adore le Sacre (j’en ai comparé 100 versions), mais je préfère l’Op.3 de Berg ou l’opus 6 de Schoenberg…
      Mais tout cela demande de l’écoute pour être apprécié ou non et ce n’est pas une question de politique ! mon épouse est de gauche a 9 ans de conservatoire et ne supporte pas la musique ‘moderne’ à partir de Ravel. C’est sûr qu’en écoutant le robinet de musique tonale de Radio Classique on ne risque pas de tomber sur du Pipelare ou du Boulez !

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