Archives de catégorie : Musique classique

Le piano de Debussy et la musique Russe – Debussy piano works and Russian music

Le piano de Debussy et la musique Russe – Debussy piano works and Russian music

Rethinking Debussy - Oxford University Press
Rethinking Debussy – Oxford University Press

 « Rethinking Debussy » : un titre un peu ambitieux pour cet ouvrage collectif, néanmoins très intéressant : ses nombreux « Printemps » du début*, Pelléas, ses royalties, l’accueil de ses œuvres…

On s’intéressera ici au chapitre consacré à l’influence de la musique russe sur les œuvres pour piano de Debussy. Il faut rappeler tout d’abord l’écho grandissant de la musique russe à Paris dans la dernière partie du 19e siècle et le fait que Debussy passa de nombreux mois chez Nadezhda von Meck, la « chaperonne » de Tchaikovsky.

Un premier exemple fourni par Roy Howat (pianiste et musicologue) de l’influence russe sur le jeune Debussy en est la 2e Arabesque (1891) avec le Chant de l’alouette de l’Album pour la jeunesse op. 39 de Piotr.

On notera également l’influence de Balakirev (Tamara) sur sa Ballade slave (1899) ou son Nocturne (1892). Les mesures 32-34 de ce dernier peuvent être d’ailleurs mises en parallèle avec les mesures 57-59 du 2e mouvement de la Pathétique de Tchaïkovski.

Debussy déclarait en 1893 : « Chabrier, Moussorgski, Palestrina, voilà ce que j’aime ». On peut effectivement déceler une réminiscence des « Cloches du Kremlin » de Boris dans la 3e des Images oubliées, ou dans la Cathédrale engloutie. L’auteur, c’est plus surprenant, retrouve cette tournure moussorgskienne au milieu de l’Hommage à Rameau, mes. 49-47 (1905).

De même pour Général Lavine excentric (1913) ; Jumbo’s Lullaby, la Fille aux cheveux de lin ou encore Ce qu’a vu le vent d’Ouest, la Berceuse héroïque (1914), jusqu’au mouvement central de En blanc et en noir (1915). Pour revenir à Balakirev, notons encore la correspondance entre Islamey – mes. 181-183 et l’Isle joyeuse – mes. 186-188.

Puisque l’on parle d’Islamey – Ravel voulait faire plus virtuose avec Scarbo et on peut penser que cette pièce inspira aussi à Debussy l’idée de l‘Isle joyeuse -, ci-dessous un extrait d’un concert de la version orchestrale par Svetlanov,  justement célèbre par son côté délirant, encore une source de dopamine… 

Evgeny Svetlanov conducts Balakirev
Evgeny Svetlanov conducts Balakirev

* Cf. Claude Debussy – Musique du prix de Rome – Glossa

“Rethinking Debussy”:  a little ambitious title for this collective work, nevertheless very interesting: his many “Springs” * as a young composer, Pelléas, his royalties, the reception of his works…

We illustrate here the chapter devoted to the influence of the Russian music on his piano works. It is necessary first to recall the growing echo of the Russian music in Paris in the last part of the 19th century and the fact that Debussy spent many months with Nadezhda von Meck, the “chaperone” of Tchaikovsky.
A first example provided by Roy Howat (pianist and musicologist) of the Russian influence on the young Debussy is the 2nd Arabesque (1891) with the Song of the lark of the Album for youth op. 39 by Tchaikovsky. [left]

One will also note the influence of Balakirev (Tamara) on his Slavic Ballade (1899) or his Nocturne (1892). Bars 32-34 of this last can be put besides in parallel with bars 57-59 of the 2nd movement of Pathetic of Tchaïkovski. Debussy declared in 1893: “Chabrier, Moussorgski, Palestrina, here are what I like”. One can indeed detect a reminiscence of the “Bells of the Kremlin” of Boris in 3rd of the Images oubliées, or in the Cathédrale engloutie. The author, more surprisingly, finds this Musorgsky pattern in the middle of the Hommage à Rameau, b. 49-47 (1905). [left]

In the same way for General Lavine excentric (1913); Jumbo’s Lullaby, La fille aux cheveux de lin  or Ce qu’a dit le vent d’ouest, Berceuse héroïque (1914), until the central movement of En blanc et en noir (1915). To return to Balakirev, still let us note the correspondence between Islamey – b. 181-183 and l’Isle joyeuse – b. 186-188. [left]

Speaking about Islamey – Ravel with Scarbo wanted to write an even more virtuoso piece and one can think it inspired also Debussy writing l‘Isle joyeuse -, on the left an extract from a live concert of the orchestral version by Svetlanov, another source of dopamine

* Cf. Claude Debussy – Musique du prix de Rome – Glossa

 

 

Falla – Nuits dans les jardins d’Espagne – Nights in the Gardens of Spain

Falla – Nuits dans les jardins d’Espagne – Nights in the Gardens of Spain

Falla - Nuits dans les jardins d'Espagne - Nights in the Gardens of Spain

Falla – Nuits dans les jardins d’Espagne – Nights in the Gardens of Spain

 

Ne lisez pas tout de suite ce qui suit ! c’est une tentative de réhabiliter  une fois de plus un enregistrement mésestimé de Kubelik. Mais ce n’est pas le plus important : l’important est que Pierre Barbier – Pragadigitals -a encore réussi un tour de magie : tout mélomane un peu âgé connaît par cœur cet enregistrement du Tricorne par Ansermet, non seulement par son indépassable interprétation, mais aussi par la « fabuleuse » prise de son Decca de l’époque. Eh bien, il réussit à nous restituer encore mieux cet enregistrement : les timbres sont mieux caractérisés, il y a « de l’air » entre les instruments, et surtout on « sent » le chef d’orchestre diriger, comme pour une bonne prise de concert, comme si on était dans le studio. On entend même pour la première fois une légère fausse note à 2’54 » dans le 2e mouvement du Tricorne… Bref, précipitez-vous !

Il est bien intéressant de pouvoir comparer deux versions des Nuits dans les jardins d’Espagne a priori bien différentes, voire antagonistes : d’un côté une pianiste très célèbre qui fut à ses dires quasiment toujours mécontente de ses enregistrements studio avec orchestre et dont un des chefs d’orchestre préférés était Raphaël Kubelík, de l’autre une pianiste, Margrit Weber, dont on sait peu de choses de nos jours, avec un chef alors vedette du fameux label jaune qui accepta d’enregistrer en studio des œuvres qui n’étaient pas à son répertoire habituel : Concerto de Grieg, Fireworks ou Water music de Haendel, etc. La version Kubelík est-elle si musicienne mais un peu Franckiste comme j’ai pu l’écrire ?

1er mouvement : Chez Kubelík, l’entrée est superbe, le piano moins brillant que l’on attendrait, un peu dans les touches de l’instrument. De l’abattage de la part de la pianiste mais çà ne sonne pas espagnol, plutôt un peu « gras ». Kubelík est là tel un grand maître, on le voit diriger cela…

Avec Haskil / Markevitch, c’est plus posé, avec des sonorités plus recherchées, mais c’est moins « organique », l’orchestre est plus extraverti que chez Kubelík, mais il a tendance à couvrir la soliste, qui ne fait d’ailleurs pas forte impression. Bref, si l’orchestre fait (faussement ?) plus couleur locale, mais avec apparemment un accord de l’orchestre un peu plus haut, on est un peu mitigé.

Le 2e mouvement : on se dit que c’est tellement espagnol (quel compositeur !) que Kubelík va avoir du mal, surtout vue l’imbrication piano / orchestre de ce mouvement ; le piano est toujours un peu en retrait au point de vue des timbres mais a de l’alacrité, certes les vents n’ont pas tout à fait la couleur idoine, le rythme peut paraître un poil empesé… mais tout est tellement musical.

Haskil : c’est un peu plus rapide, encore un peu réglé plus haut, c’est plus criard et extraverti, mais on peut prendre çà comme une qualité ici, le pianisme est plus délié, mais on ne peut s’empêcher de penser que la caractérisation plus importante de la partition se fait au détriment de son unité : beaucoup de -superbes- effets à l’orchestre  mais quand la pianiste veut être à l’unisson, çà détimbre un peu.

On est encore moins sûr pour le 3e mouvement : c’es toujours apparemment plus vivant chez Markevitch, mais c’est quand même assez brouillon et un peu agressif  au niveau de l’orchestre et le piano sonne dur.
Bref, c’est plus musicien chez Kubelík, mais peut être plus couleur locale et vivant chez Markevitch. Pas de conclusion…

Do not read immediately what follows! It is an attempt to once more rehabilitate a low esteemed recording of Kubelik. But it is not the most important: the important thing is that Pierre Barbier – PragaDigitals – has again made a turn of magic: any rather old music lover knows this recording of the Three cornered hat by Ansermet, not only by his unsurpassed interpretation, but also by the “fabulous” sound recording Decca of 1961. Well, it’s even better in this reissue, restored from original tapes : tones are more characterized, there is “air” between the instruments, and one can feel the conductor’s gestures, as for a good live recording, as if one were in the studio.

Just get it!


It is quite interesting to be able to compare two versions of the Nights in the gardens of Spain a priori so different, even antagonistic: on a side a very famous pianist who declared being almost always dissatisfied with her studio recordings with orchestra, whom one of her preferred conductors was Raphaël Kubelík, on the other side, a pianist, Margrit Weber, with a conductor who accepted for the famous yellow label to record in studio works which didn’t belong to his usual repertory: Concerto of Grieg, Fireworks or Watermusic by Haendel, aso.

1st movement: With Kubelík, the entry is superb; the piano has less brilliance we could expect. Mastery from the pianist but it does not sound Spanish, rather a little “fatty”. Kubelík is there as usual a superb musician, one sees him directing that…
With Haskil/Markevitch, it is more posed, with more sought sonorities, but it is less “organic”, the orchestra is more extraverted than Kubelík, but it tends to cover the soloist, who does not make strong impression besides. In short, if the orchestra shows (wrongfully?) more local colour, with an orchestra tuning a little bit high, one is rather mitigated.

2nd movement: one thinks that it is so Spanish that Kubelík will not pass, especially with the overlap piano/orchestra of this movement; the piano is a little soft-toned, but has alacrity, certainly the winds do not have the suitable color, the rhythm can appear a little bit heavy… but all is so musical.
Haskil: it is a little faster, still in higher tone, it is more yelling and extraverted, but one can take that as a quality here, the pianism is more untied, but one can prevent oneself from thinking only the more important characterization of the partition is done to the detriment of its unit: much of – superb effects – to the orchestra but when the pianist wants to be in unison, it loose colour.

We are even less sure for the 3rd movement: it is always apparently more alive with Markevitch, but it is nevertheless rather aggressive at the orchestra and the piano sounds hard. In short, more musicianship with Kubelík, but more “local colour” and alive with Markevitch.
No conclusion…

Guillaume Martigné – Un violoncelliste à découvrir

Guillaume Martigné - Violoncelle
Guillaume Martigné – Violoncelle

A noter que Guillaume Martigné se produira avec Juliana Steinbach lors du Festival « Musiques en Écrins » le 14 août prochain.

On écoute souvent l’excellente programmation de la radio Toscana Classica en fond sonore et il arrive que tout à coup l’oreille soit attirée par une interprétation.

C’était le cas aujourd’hui avec la transcription pour violoncelle de la Sonate de Franck, donnée en public par Guillaume Martigné, violoncelle, avec Juliana Stenbach au piano, sonate que l’on peut d’ailleurs entendre ici. Justesse de ton, conception sans faille – ce qui est finalement assez rare dans cette œuvre, superbe sonorité…

Peu de choses sur le Net sur cet artiste titulaire de nombreux prix, si ce n’est sur le site du trio à cordes Lenitas et qu’il est membre du quatuor Psophos.

Un artiste à suivre… Mais comment expliquer que ce petit papier est le plus lu de ce blog ?

We frequently listen to the excellent on-line classical radio Toscana Classica as a background sound and it happens that suddenly the ear is attracted by an interpretation. It was the case today with the transcription for cello of the Franck’s Sonata, given in public by Guillaume Martigné – cello, with Juliana Stenbach, piano, sonata which can be heard here. Accuracy of tone, design without fault – what is finally rather rare in this work, superb sonority… Few things on the Net on this titular artist who won many prices, except the Website of the strings trio Lenitas and that he is the cellist of the Psophos quartet.

Arnold Schoenberg – 5 pieces op. 16 – Kubelik

Arnold Schoenberg – 5 pieces op. 16 – Kubelik

Kubelik conducts Schoenberg 5 pices op. 16
Kubelik conducts Schoenberg 5 pieces op. 16

Kubelik conducts Schoenberg

Kubelik conducts Schoenberg
Composées vers 1909, ces pièces atonales d’Arnold Schoenberg marquent une rupture franche de langage avec son œuvre précédente, la 1e symphonie de chambre.
Les 5 mouvements de l’œuvre se sont vues attribuer un titre par l’auteur, qu’il retira par la suite :

  1. « Vorgefühle », Sehr rasch. (« Premonitions », very fast.)
  2. « Vergangenes », Mäßige Viertel. (« The Past », moderate.)
  3. « Farben », Mäßige Viertel. (« Summer Morning by a Lake: Chord-Colors », moderate.)
  4. « Peripetie », Sehr rasch. (« Peripetia », very fast.)
  5. « Das obligate Rezitativ », Bewegte Achtel. (« The Obbligato Recitative », with movement.)
Une œuvre à la tonalité très « élargie », célèbre pour sa 3e « Farben », pièce magique, sans motif, véritable mélodie de timbres (« Klangfarbenmelodie »), supposée évoquer les couleurs ressenties auprès d’un lac, qui nécessite de faire entrer les différentes parties instrumentales sans aucune accentuation, ce qui est remarquablement fait ici par Kubelík dans cette version qui n’a jamais été surpassée.
Le parallèle entre Schoenberg et Kandinsky est bien connu : l’un passe d’un chromatisme exacerbé à l’atonalité, puis au dodécaphonisme  l’autre de la figuration dans un style russe à la dilution des représentations pour aboutir à une abstraction très géométrique. (Le 2e tableau,  Impression III, lui a été inspiré à la suite d’un concert Schoenberg avec notamment les 3 pièces pour piano op. 11).

Ici, la 3e pièce « Passé » :

Cet enregistrement fait partie de la série que Kubelik fit durant ses années à la tête du Chicago Symphony. Son fils m’a dit un jour qu’il avait accepté de les faire un peu à contre-cœur, on ne sait pourquoi. Outre le premier disque hi-fi de l’histoire (Tableaux de Mussorgsky), il réalisa 2 enregistrements historiques : celui-ci (couplé avec un de ses tubes : les Métamorphoses symphoniques d’Hindemith) et My Vlast de Smetana, une de ses toutes meilleures versions (on en a 12…). On a comparé avec Rattle / Birmingham (EMI – 1989) et Neumann / Philharmonie tchèque (Praga – Live – 1967) : le premier est très clair, mais sans aucune expressivité, le deuxième est très intéressant, malgré les conditions du live : une véritable interprétation, de superbes sonorités, une lecture peut-être un peu trop post-romantique. À trouver d’occasion, ce disque, qui contient 2 superbes versions des op. 17 Erwartung et op. 18 Die glückliche Hand, étant épuisé chez l’éditeur.

L’écoute du CD original de Mercury propose à la suite les Variations du paon de Kodaly et le Mandarin merveilleux de Bartok, dans l’interprétation superbe de Dorati. Après l’op. 16, on retrouve comme un monde perdu, plein de nostalgie avec Kodaly, puis le Bartok nous rappelle que l’invention rythmique était plutôt de ce côté, avec Stravinsky, plutôt que chez les trois Viennois…

On peut trouver cet enregistrement dorénavant à bas prix chez Naxos

Kubelik - Chicago symphony - Schoenberg - Naxos
Kubelik – Chicago symphony – Schoenberg – Naxos

Schoenberg- - Vaclav Neumann - Praga
Schoenberg – Vaclav Neumann – Praga
Composed around 1909, these atonal parts mark a frank rupture of language with the preceding work, the 1st Chamber symphony. Schoenberg gave them a title which he will withdraw later on:

  1. “Vorgefühle”, Sehr rasch. (“Premonitions”, very fast.)
  2. “Vergangenes”, Mäßige Viertel. (“The Past”, moderate.)
  3. “Farben”, Mäßige Viertel. (“Summer Morning by has Lake: Chord-Colors « , moderate.)
  4. “Adventure”, Sehr rasch. (“Peripetia”, very fast.)
  5. “Das obligate Rezitativ”, Bewegte Achtel. (“The Obbligato Recitative”, with movement.) .

A work with a very “widened” tonality, famous for its 3rd “Farben”, a magic piece, without any motive, true melody of tones (“Klangfarbenmelodie”), supposed to evoke the colors felt near a lake, which requires for the various instrumental parts to enter without any accent, which is remarkably made here by Kubelík in this version which has never been surpassed. The parallel between Schoenberg and Kandinsky is well-known: one goes from an exacerbated chromatism to atonality, then to the dodecaphony, while the other goes from figuration in a Russian style to the dilution of the representations and finally to a very geometrical abstraction. (The 2nd painting, Impression III, was inspired to him after a Schoenberg concert with in particular the 3 pieces for piano Op. 11).   Here, the 3rd part “Last”:

This recording belongs to a serie that Kubelik made during his years at the head of Chicago Symphony. His son said to me one day that he had agreed to do them even he was a little recalcitrant about it, one does not know why. In addition to the first hi-fi recording of the history (Pictures by Mussorgsky), it carried out 2 historical recordings: this one (coupled with one of his favorites: Symphonic Metamorphoses by Hindemith) and My Vlast by Smetana, one of his very better versions (we have 12 of them…).

We have compared with Rattle / Birmingham (EMI – 1989) and Neumann / Philharmonie tchèque (Praga – Live – 1967); the 1rst is very clear but inexpressive ; the 2nd, live, shows a real interpretation, superb sonorities, just a little bit too much post-romantic. You can still find it used on the Web, since it is now out of stock; it includes 2 superb versions of op. 17 Erwartung and op. 18 Die glückliche Hand.

The listening of the Mercury original CD proposes after that the Variations on the peacock by Kodaly and the Miracoulus Mandarin by Bartok, in the superb interpretation of Dorati. After the Op. 16, one finds sort of a lost world, full with nostalgia with Kodaly, then Bartok recalls us that the rhythmic invention was on this side, with Stravinsky, rather than with the three Viennese…

You can get it at low price at Naxos.

Les femmes chefs d’orchestre – Women on the podium

Les femmes chefs d’orchestre – Women on the podium

Josephine Weinlich & Europäischen Damenorchestra - 1873
Josephine Weinlich & Europäischen Damenorchester – 1873
Mélomanes misogynes de tout poil, il faudra vous y faire : on va finir par voir un nombre croissant de femmes chefs d’orchestre : il a déjà fallu que vous vous habituiez à en voir un nombre croissant au sein de l’orchestre (même aux cuivres !) – on se rappelle de la polémique lors du rejet par vote en 1983 de la clarinettiste Sabine Meyer par les Berliner philharmoniker après sa période probatoire : 73 contre, 4 pour… – Sans remonter à Fanny, la sœur de Félix Mendelssohn, on ne sait plus qu’il y eut de nombreux chefs d’orchestre féminins de la fin du 19e siècle à la 2e Guerre mondiale, en général à la tête d’orchestres entièrement féminins dans les années 20 / 30, à l’existence souvent bien éphémère.

 
À notre supposé mélomane misogyne, qu’en sera-t-il si, par extraordinaire, l’une d’entre elles vient à diriger en jupe ! Eh bien çà existe avec Silvia Sanz Torre dont je n’ai pas la date de naissance…
jupe
Misogynists music lover, you will have to keep with that: a growing number of women conductors: you have been unfortunate to see a growing number of women within the orchestra (even with coppers!) – one remembers the polemic at the time of the rejection by vote of the clarinetist Sabine Meyer in1983  by Berliner philharmoniker after her probationary period: 73 against, 4 for… -Without going back to Fanny, Felix Mendelssohn’s sister, one does not know any more that there were many female conductors from the end of the 19th century to the 2nd World war, in general at the head of entirely female orchestras in the 20/30′

Two young feminine conductors that we know a little: Susanna Mälkki, leader of the Ensemble Intercontemporain, who impressed us in two discs of contemporary music (Manoury & Mantovani).

And Serâ Tokay, who has just given us an interview; she had just founded her chamber orchestra, « Philharmonie de Chambre Lutèce »; she impressed us in the two chamber symphonies by Schoenberg in Paris, some months ago.

To our supposed misogynist music lover, what about, if by extraordinary, a woman conducts the orchestra dressed in a skirt… Well,  Silvia Sanz Torre did it!

Some conductors are missing, since I could not get their birth date, even some wouldn’t give it to me… See also this list.

Chiquinha Gonzaga (1847-1935) [BR]  gonzaga
Elisabeth Kuyper (1877-1953) [GB]  kuyper
Ethel Leginska (1886-1953) [GB]  leginska
Antonia Brico (1886-1989) [GB]  brico
Nadia Boulanger (1887-1979) [FR]  boulanger
Jane Evrard (1893-1984) |FR]  evrard
Frédérique Petrides (1903-1983) [GB] petrides
Avril Coleridge-Taylor (1903-1998) [GB] coleridge
Natalia Sats (1903-1993) [RU] sats
Frieda Belinfante (1904-1995) [NL]  belifante
Imogen Holst (1907-1984) [GB]  holst
Blanche Honegger Moyse (1909-2011) [GB]  honegger-moise
Vítězslava Kaprálová (1915-1940) [CZ]  kapralova
Sarah Caldwell (1924-2006) [GB] caldwell
Eve Queler (1931*) [US]  queler

Janet Canetty-Clarke

(1935*) [GB]  clarke
Sylvia Caduff (1937*) [CH]  caduff
Tania León (1943*) [CU]  leon
Catherine Comet (1944*) [FR]  comet
Claire Gibault (1945*) [FR]  gibaut
Liana Issakadze (1946*) [GE]  issakadze
Chiara Banchini (1946*) [CH]  bianchini
Agnieszka Kreiner-Bogdańska (1947*) [PL]  kreiner
Lorraine Vaillancourt (1947*) [CA]  vaillancourt
Jeanne Lamon (1949*) [US]  lamon
Jane Glover (1949*) [GB]  glover
Odaline de la Martinez (1949*) [US]  delamartinez
Iona Brown (1954*) [GB]  brown
JoAnn Falletta (1954*) [US]  faletta
Marin Alsop (1956*) [GB]  alsop
Wasfi Kani (1956*) [GB]  kani
Gisèle Ban-Dor (1955*) [GB]  ben-dor
Marie-Jeanne Dufour (1955*) [CH]  dufour
Romely Pfund (1955*) [GE]  pfund
Sian Edwards (1959*) [GB]  edwards
Yip Wing-sie (1960*) [HK]  wing-sie
Julia Jones (1961*) [GB]  jones
Erica Muhl (1961*) [US] mulh
Silvia Massarelli (1961*) [IT] massarelli
Simone Young (1961*) [AU]  young
Laurence Equilbey (1962*) [FR]  equilbey
Luisa Russo (1962*) [IT] russo
Véronique Lacroix (1963*) [CA] lacroix
Andrea Quinn (1964*) [GB]  quinn
Graziella Contratto (1966*) [CH]  contratto
Natalia Luis-Bassa (1966*) [VE]  luis-bassa
Kori-Lynn Wilson (1967*) [CA]  wilson
Emmanuelle Haïm (1967*) [FR]  haim
Susanna Mälkki (1969*) [FI]  malki
Karen Kamensek (1970*) [US]  kamensek
Tomomi Nishimoto (1970*) [JP]  nishimoto
Anu Tali (1972*) [EE]  tali
Sarah Ioannides (1972*) [GR] ioannides
Inma Shara (1972*) [SP] shara
Hiba Kawas (1972*) [LB]  kawas
Kanako Abe (1973*) [FR]  abe
Xian Zhang (1973*) [CN]  zhang
Elizabeth Askren (1973*) [US]  askren
Joana Carneiro (1976*) [PT]  carneiro
Sofi Jeannin (1976*) [SE]  jeannin
Carolyn Kuan (1978*) [US] kuan
Zahia Ziouani (1977*) [FR] ziouani
Alondra de la Parra (1980*) [ME]  delaparra
Ariane Matiakh (1980*) [FR]  matiakh
Nvart Andreassian (1980*) [TU]  andreassian
Nazanin Aghakani (1980*) [AU]  aghakani
Dalia Stasevska (1985*) [FI]  stasevska 
Migra Gražinytė-Tyla (1986*) [LH] Mirga Gražinytė-Tyla

 

  From the New Yorker, an interesting interview : »A formidable figure in Russian music, Temirkanov served as a mentor both to Gergiev and later to Petrenko. The interviewer, the Paris-based pianist and composer Elena Gantchikova, deserves credit for grilling him. A Russian-speaking friend provided this translation:Q.: In your opinion, could a woman conduct?
A.: In my view, no.
Q.: Why not?!
A.: I don’t know if it’s God’s will, or nature’s, that women give birth and men do not. That’s something that no one takes offense at. But if you say that a women can’t conduct, then everyone’s offended. As Marx said, in response to the question “What’s your favorite virtue in a woman?”—“Weakness.” And this is correct. The important thing is, a woman should be beautiful, likable, attractive. Musicians will look at her and be distracted from the music!
Q.: Why? There are women in the orchestra; people indifferent to a women’s charms. Besides, how many times would you be enraptured by appearances? After all, it’s something you tire of, and switch to the heart of the question. Statistically, of course, there are women conductors.
A.: Yes, they do exist.
Q.: Nevertheless, you maintain that these are less than women, or less than conductors.
A.: No, simply that in my opinion, it’s counter to nature.
Q.: And what is it in the conductor’s profession that runs counter to a woman’s nature? That’s counter to the essence of the conductor’s profession?
A.: The essence of the conductor’s profession is strength. The essence of a woman is weakness. »


From Artsjournal.com, an other intersting point of view by :

Jorma Panula has been the most successful spotter and trainer of conductors for the past 30 years. His pupils include Esa-Pekka Salonen and at least 20 others who hold international posts.

Q: Do you think it is good that women enter the profession and become conductors?

JP: No! What the hell, we have men already. It is such a limited profession… They can try, but it is a completely different deal. I can’t comment on media or public opinion. But women… Of course they are trying! Some of them are making faces, sweating and fussing, but it is not getting any better – only worse! They can come [to my masterclasses] and try. It’s not a problem – if they choose the right pieces. If they take more feminine music. Bruckner or Stravinsky will not do, but Debussy is OK. This is a purely biological question.

Panula’s comments have provoked outrage in Finland. Salonen has tweeted (in Finnish): ‘Conducting is about skill, not biology. There is no reason why women cannot do it equally well or better.’

Beethoven – Diabelli variations – Sviatoslav Richter

Beethoven – Diabelli variations – Sviatoslav Richter

Beethoven - Diabelli variations - Svjatoslav Richter

 

Disons-le d’emblée, comme pour Carlos Kleiber – cf., on n’est pas fan de ce pianiste, contrairement à l’écrasante majorité des mélomanes et des critiques, au moins français. Impérial dans Prokofiev, ses interprétations de concertos nous ont souvent laissé de marbre (le pire : celui de Dvorak avec Kleiber justement, chez EMI), quelques Debussy étranges, des Tableaux chez Philips (1959, je crois) encensés par la critique mais qui nous laissaient également froid. Bref, on ne connaît pas son immense discographie (lui qui n’aimait pas enregistrer, comme un certain Sergiu…), mais il  nous a toujours laissé l’impression d’une pianisme un peu gris, un peu genre alla Hindemith. Je m’arrête, je me suis fait assez d’ennemis pour l’instant !

Ce n’est pas parce que cela nous plaît guère qu’on en conclura – comme pour Kleiber – qu’il s’agit là d’artistes de seconde zone, loin de là.

Mon ami Pierre Barbier a bien voulu m’envoyer ce SACD et c’est pourtant un plaisir de rendre compte de cette prise de concert de 1986 à Prague, remastérisée remarquablement, comme toujours par ses techniciens tchèques. L’album présente donc ces Diabelli données à Prague le 18 mai 1986 ainsi qu’une version de la sonate op. 110 datant de 1965.

Certes, pas un sourire dans cette interprétation – déjà le thème, bien droit – quelques piano subito un peu intempestifs et comme téléphonés – mais… on rend les armes devant une telle maîtrise en concert, tant de l’instrument – à peine quelques légers accrocs – que de la partition. De cette volonté de faible différenciation des timbres naît une concentration très forte sur la structure de la partition, et là, on est gâtés !

Voici le thème, en partition (version complète ici) et dans cet enregistrement de Richter.

Let us tell it from the start, as for Carlos Kleiber – cf, we were not a fan of this pianist, unlike the majority of music lovers and critics, at least French ones. Imperial in Prokofiev, his interpretations of concertos didn’t appeal to us (worst: the Dvorak’s with Kleiber precisely, EMI), some strange Debussy, Picture at an exhibition –Philips (1959, I believe) praised by the critics but which left us also cold. In short, one does not know his immense discography (for someone who did not like to record, like certain Sergiu…), but it always left us the impression of a little gray pianism, a little on Hindemith side. I stop, I have made enough enemies for the moment!

It is not because we hardly like that that we  mean – as for Kleiber – that they are there artists of second zone, far from there.

My friend Pierre Barbier sent me this SACD and it is however a pleasure of giving an account of this concert of 1986 in Prague, remarkably remasterized , like always by his Czech technicians.

The album presents these Diabelli given in Prague on May 18, 1986 as well as a version of the sonata op. 110 going back to 1965.

Not a smile in this interpretation – some piano subito a little inopportune and as telephoned – but… you are just overwhelmed in front of such a control in concert, such mastery of the instrument – hardly some light false notes – and of the score. From this weak differentiation of the tones is brought a very strong concentration on the structure of the score…
Here is the theme, score (complete here) and Richter’s playing.

Diabelli variations - Thema

 

 

Pour le pianiste nul que nous sommes, ce thème est relativement jouable avec un peu de travail, mais quant à le rendre si bien rythmiquement… le reste est sidérant de difficulté, comme est  sidérante la maîtrise tant cérébrale que digitale du pianiste, sans bien sûr parler de la partition où Beethoven semble déployer tout son génie à se moquer par les moyens les plus sophistiqués du thème proposé, une sorte de hargne si bien rendue par Richter.

Un exemple, mais tout serait évidemment à citer, la variation 19 :

 

Finalement… gloire à Richter !

Pour une analyse profonde et… technique de l’œuvre, cf. celle – encore incomplète sur son site – de Philippe Manoury et Sur Veränderungen (… deuxième sonate…), œuvre de Manoury, nouvelle transformation des transformations du thème de Diabelli par Beethoven…

For a null pianist as we are, this theme is relatively playable with a little work, but as for giving it so well rhythmically… The remainder is striking of difficulty, as is striking the control as well cerebral as digital of the pianist, without of course speaking about the partition where Beethoven seems to deploy all his genius to make fun with the most sophisticated means about the theme, a kind of aggressiveness returned so well by Richter. 
An example, but obviously every variation should be quoted, variation 19:

 

Finally, glory to Richter!

Autres rééditions de Richter chez Pragadigitals :

FRANZ SCHUBERT : Piano sonatas D. 960, 664, Impromptu D. 899 - S. Richter

Franz Schubert : Piano sonatas D. 960, 664, Impromptu D. 899 – S. Richter

 

FRYDERYK CHOPIN : Etudes Opp 10, 25, Ballades Op 23, Nocturnes - S. Richter

Fryderyk Chopin : Etudes Opp 10, 25, Ballades Op 23, Nocturnes – S. Richter

Other reissues by Richter at Pragadigitals :

Edvard Grieg - Antonin Dvorak : Piano concertos - S. Richter

Edvard Grieg – Antonin Dvorak : Piano concertos – S. Richter

 

Sergei Rachmaninov : Piano concertos Nos 1 & 2 - Svjatoslav Richter - Kurt Sanderling

Sergei Rachmaninov : Piano concertos Nos 1 & 2 – Svjatoslav Richter – Kurt Sanderling

Schönberg Gurrelieder – Rafael Kubelík

Schönberg Gurrelieder – Rafael Kubelík

Kubelík conducts Schönberg's Gurrelieder
Kubelík conducts Schönberg’s Gurrelieder
On voudrait ici réhabiliter le 2e enregistrement intégral des Gurrelieder de Schönberg (créés seulement en 1913 sous la direction de Franz Schreker), réalisé par Kubelík, enregistrement public de mars 1965, qui succédait au pionnier René Leibowitz (1953).

Apparemment, il ne dirigea cette œuvre qu’à cette occasion, la difficulté de sa représentation tenant à la dimension des effectifs requis, un peu comme pour la 8e de Mahler.

Sans doute très prisée à sa sortie, cette version est devenue non grata à la faveur des – nombreux -enregistrements parus depuis. On n’a bien sûr pas accès à tous ceux-ci et on se contentera de comparer avec les versions Leibowitz (1953), Ozawa (1979), qui recueillit les éloges unanimes de la critique française, et celle d’Esa-Pekka Salonen (2009).

Commençons par l’extraordinaire prélude orchestral. Un des principaux griefs vis-à-vis de la version Kubelík était la médiocrité de la prise de son : le report en CD a amélioré les choses, mais effectivement Kubelík a rarement été favorisé par les prises de son d’enregistrements à vocation commerciale, notamment chez DG : ses Danses slaves sans corps, ses Mahler sans basses, etc. (à quelques rares exceptions). Il suffit de comparer ses enregistrements Mahler DG et les concerts souvent attenants réédités chez Audite (encore qu’il y ait beaucoup à dire sur la qualité de ceux-ci… cf.).

Ce prélude est incontestablement bien mieux rendu par Kubelik que par les 3 autres [il donne parfois à penser à Das Klagende Lied, dont il a donné par ailleurs en concert la meilleure version] , à part peut être Leibowitz qui lui donne, dans un tempo très lent, une réelle profondeur. Ozawa, mieux enregistré, donne une interprétation bien grise, celle de Salonen est plus intéressante, dans un climat assez symboliste, mais un petit peu terne instrumentalement : on n’a pas « l’empathie lumineuse » qui est finalement la marque de l’artiste d’exception qu’était Kubelík et qui vous donne le « fameux frisson« . J’en resterai pour la suite à Kubelík et Salonen (la vie est trop courte pour écouter in extenso Chailly, Rattle, Stokowsky, Craft, Sinopoli, Gielen, Boulez, Levine, Kegel, Ferencsik, Abbado et j’en oublie certainement).

La prise de son de Salonen est très dynamique, bien équilibrée, mais un peu grisâtre (à cause du « Southbank Centre’s Royal Festival hall hall » comme indiqué dans la pochette ?).

Si l’on compare maintenant « Tauben von Gurre! », air de Waltaube dans les deux versions : Monica Grrop chez Salonen, et Hertha Töpper chez Kubelík : c’est encore une fois bien plus animé et vécu chez ce dernier et quelle voix !

Je crois que l’on pourrait poursuivre sans être contredit. 

Pour conclure, l’enregistrement Kubelík est à connaître absolument dans cette œuvre géniale, mais tout de même un peu longuette, et souhaitons qu’un artiste de la classe de Salonen soit effectivement bientôt recruté à Paris…

Here we want to rehabilitate the 2nd complete recording of Schönberg’s Gurrelieder (created in 1913 under Franz Schreker), directed by Kubelik, public record of March 1965, who succeeded to the pioneer René Leibowitz in 1953.

Apparently he directed this work only at this occasion, the difficulty of its representation being due to the dimension of the required workforces, like Mahler’s eighth.

No doubt very popular when released, this version has become non grata to the French critics. We don’t of course have access to all of the further releases and we will just compare with recordings by Leibowitz (1953), Ozawa (1979), which collected unanimous praise by French critics, and Esa-Pekka Salonen (2009).

Let’s start with the extraordinary orchestral prelude. One of the main grievances towards the Kubelik version was the mediocrity of sound: report on CD has improved things, but actually Kubelík has rarely been aided by his commercial recordings, especially for DG: his Slavonic Dances without body, his Mahler without bass, etc. (to a few rare exceptions). Just compare his recordings of Mahler for DG and often adjacent concerts republished by Audite (although there is much to say about the quality of these…  : see ).

This prelude is unquestionably much better made by Kubelík than by the other 3 [and would sometimes suggest Das Klagende Lied, which he has given in concert the best version], except may be Leibowitz, which gives to it a real depth in a very slow tempo. Ozawa, better recorded, gives a gray interpretation, Salonen is more interesting, in a quite Symbolist climate, but a little dull instrumentally: there isn’t here the « luminous empathy », which ultimately is the brand of Kubelík and gives you the « famous thrill« . I will keep only Kubelík and Salonen (life is too short to listen to Chailly, Rattle, Stokowski, Craft, Sinopoli, Gielen, Boulez, Abbado, Levine, Kegel, Ferencsik and I certainly forget some).

Salonen’s recording is very dynamic, well balanced, but slightly greyish (due to the “Southbank Centre’s Royal Festival hall hall « as written in the cover?).

If we now compare « Tauben_von_Gurre!, (Waltaube) in the  two versions: Monica Grrop with Salonen, and Hertha Topper with Kubelik, it is once again much more lively and what a voice! »

I think that could be pursued without being contradicted.

To conclude, the Kubelik recording is to be known absolutely in this great work, (just a little bit long), and we wish that an artist of the class of Salonen could be soon recruited in Paris…

Arnold Schönberg – Pierrot lunaire – Alda Caiello – Prazák Quartet – Suite op.29

Arnold Schönberg – Pierrot lunaire – Alda Caiello – Prazák Quartet – Suite op.29

Arnold Schönberg - Pierrot lunaire - Alda Caiello - Prazák Quartet
Arnold Schönberg – Pierrot lunaire – Alda Caiello – Prazák Quartet
Cela fait toujours bizarre, 100 ans après la création, de cataloguer cet article sur Pierrot lunaire en « musique contemporaine ». Il s’agit du 6e volume de l’intégrale de la musique de chambre d’Arnold Schönberg chez Pragadigitals, réalisée principalement par les membres du quatuor Prazák. C’est d’ailleurs le nouveau premier violon de l’ensemble,  Pavel Hůla, qui supervise la suite op. 29, que nous ne commenterons pas ici.
Pour se sentir en terrain de connaissance, ayant déjà eu l’occasion de m’entretenir avec celui-ci, j’ai confronté cette nouveauté avec la version qu’en donna Peter Eotvös avec mon ancienne amie et très grande artiste Phyllis Bryn-Julson (RCA – 1993) ; j’en propose ci-dessous le 1er lied dans les deux versions.

Pierre Barbier résume bien l’histoire de l’interprétation de ce cycle de 21 poèmes en citant Marya Freund ou Helga Pilarczyk et soulignant que tant Maderna que Boulez se sont tournés vers le chanté plus que vers le parlé. Les notes de la ligne de chant existent pourtant bel et bien, Schönberg n’a jamais été vraiment clair sur le sujet – apparemment, seul le premier poème présente une fois dans la partition les indications « gesungen » puis « gesprochen » (à trois notes d’écart…) mais c’est tout.

Quand on est assez réfractaire au caractère un peu ectoplasme du mélodrame, que l’on goûte peu le genre cabaret façon Weill et que l’on est vraiment peu concerné par les poèmes horriblement datés d’Albert Giraud, genre Gustave Moreau de la poésie, on s’attelle à l’écoute et l’on est (re) pris par la qualité et l’inventivité de la partition.

On était de plus inquiet en lisant le nom de la chanteuse : elle chantait la dernière partie de la version originale de la Suite lyrique d’Alban Berg avec les Prazák à la Cité de la musique il y a bien un an, me laissant une impression plus que mitigée.

Ayant réussi à occuper l’espace dédié à la chaîne Hifi  en mettant ce disque pour l’écouter en SACD plutôt qu’au casque sur l’ordinateur, ma fille est partie en déclarant cela horrible, et ma femme – qui a l’oreille absolue – déclara que c’était chanté faux de bout en bout. On comprend que, 100 ans après, çà dérange toujours…

Et bien j’ai été emballé par l’interprétation. Je trouve que la prise de son est un poil trop réverbérée, mais c’est tout de même excellent, avec de l’ambiance. On ne se croit pas en studio grâce à la prestation de la chanteuse/diseuse. C’est chanté (pas faux autant que je puisse en juger) et c’est très caractérisé, très théâtral en même temps. Quel talent et quel tempérament ! L’interprétation globale  – instrumentalement magnifique – est plus dans l’affect que dans le strict respect des nuances de la partition, mais qui s’en plaindrait, tellement c’est vivant ?

La comparaison (ci-dessous Monderstrunken dans les 2 interprétations) est frappante avec la version de Phyllis Bryn-Julson : peut-être plus juste en hauteur (elle chantait assez souvent des partitions en quarts de ton*), cette dernière est tout de même plus univoque, et son allemand moins sonnant.

Phyllis Bryn-Julson
Phyllis Bryn-Julson

Alda Caiello
Alda Caiello

Richard Kurth, dans un article sur le Pierrot lunaire paru dans l’excellent ouvrage « The Cambridge companion to Schoenberg » ose un parallèle souvent éclairant entre certaines parties de l’oeuvre et des « échos de Schumann dans les ombres de la tonalité » à propos des Liederkreis de Robert Schumann ; par exemple, à propos de  Monderstrunken, il fait le parallèle avec Mondnacht, le n°5 des Liederkreis, que voici par DFD et Brendel : 

* Elle me racontait, que chantant sous la direction de Bernstein, alors qu’elle était alors la chanteuse préférée de Boulez, Bernstein n’arrêtait pas de lui dire qu’elle chantait un peu faux…

One feels weird, 100 years after the creation, to catalogue this article about Pierrot lunaire » in “contemporary music”.

It is the 6th volume of the integral of the chamber music by Arnold Schönberg at Pragadigitals, realized mainly by the members of the Prazák quartet.

I confronted this new issue with the version that gave Peter Eotvös with my former friend and great artist Phyllis Bryn-Julson (RCA – 1993); I propose below the 1st song in the two versions.
Pierre Barbier summarizes well the history of the interpretation of this cycle of 21 poems by quoting Marya Freund or Helga Pilarczyk and stressing that Maderna or Boulez turned towards more singing than speaching.

Notes for the singing line exist indeed, Schönberg having never been really clear on the subject – apparently, only the first poem presents in the score the indications “gesungen” then “gesprochen” (with an interval of three notes…) but it is all.

When one is rather refractory to the ectoplasm character of the melodrama, doesn’t appreciate Weill’s cabaret music and is really little concerned with the old-fashioned of Albert Giraud, sort of Gustave Moreau of poetry, we harness with listening and are taken by the quality and the inventiveness of the partition.

We were rather anxious reading the name of the singer: she sang the last part of the original version of the Lyric Suite by Alban Berg with the Prazák in La Cité de la musique in Paris well a year ago, leaving me an impression more than mitigated.

Having succeeded in occupying the space dedicated to the stereo by putting this disc to rather listen to it on SACD rather than with a helmet on the computer, my daughter left, declaring it was horrible, and my wife – who has absolute pitch – declared that it was sung false from the beginning to end. It is understood that, 100 years afterwards, it still disturbs…

I have been amazed by the interpretation. I find that the sound recording is a little bit too much reverberated, but it is excellent nevertheless.

One does not believe oneself in a studio thanks to the singer/ monologuist. It is sung (not out of tune as far as I can judge) and it is much characterized, very theatrical at the same time. What a talent and what a temperament! The total interpretation – instrumentally splendid – more in the affect than in the strict respect of the nuances of the partition, but which would complain, so much it is alive?

The comparison is striking with the Phyllis Bryn-Julson version: perhaps more in tune (she rather often sang partitions in quarter tones), it is a little bit monotonous, and the German is less good.

Richard Kurth, in an article on Pierrot lunaire published in an excellent book « The Cambridge companion to Schoenberg » draw a parallel between some part of Pierrot and « echoes of Schumann in the shadows of tonality » with the Liederkreis by Robert Schumann ; for example, for  Monderstrunken, he makes a parallel with Mondnacht,  n°5 of Liederkreis, which you can listen to on the left by DFD and Brendel.

The Cambridge companion to Schoenberg
The Cambridge companion to Schoenberg