André Cazalet – 1er Cor solo de l’Orchestre de Paris

André Cazalet
André Cazalet

Pourquoi le cor ?

C’est un choix : André Cazalet écoutait des disques de musique symphonique dans son enfance chez ses parents et était fasciné par l’instrument : « je serai corniste ». Débutant par des études de piano au Conservatoire, ce n’est qu’à 10 ans qu’il commença à pratiquer l’instrument : »à l’époque on ne disposait pas de cor petite main, avec un tour en plus ». C’est peut être un progrès, mais « quand on voit des jeunes souffler dans un cor avec un appareil dentaire… ». Il suivit un cursus classique au Conservatoire (1er prix au CNSMDP) et fut engagé par l’Ensemble intercontemporain. Ensemble où il serait bien resté encore quelques années mais le poste de 1er cor solo devenait vacant à l’Orchestre de Paris et il y postula en 1980 sous l’ère Barenboïm (« je savais que le poste ne se libérerait plus de sitôt, la preuve : j’y suis toujours ! »). Outre ses activités de soliste et de professeur au Conservatoire de Paris, il donne de nombreuses master classes à travers le monde, jusqu’en Chine récemment.

Super-soliste

André Cazalet est très satisfait d’être resté à son poste. D’une part, le niveau technique de l’orchestre s’est considérablement élevé depuis sa création, à la faveur des recrutements successifs. « L’orchestre a acquis une excellente réputation à l’étranger, nous avons connu de grands succès à Vienne, ou au Japon il y 2 ans où nous avons été désignés meilleur orchestre visiteur de l’année ». D’autre part, comme pour la plupart des orchestres européens, le poste est doublé : si chacun des deux 1ers cors assure environ 60% des concerts, ce système lui permet cependant une certaine latitude dans la gestion de son agenda pour ses autres activités musicales ou professorales. Ce ne serait pas possible dans un orchestre américain où les « chaises » sont souvent sponsorisées et le sponsor tient évidemment à ce que « son » soliste soit présent…

Chefs

Il a pu jouer sous la direction des chefs les plus prestigieux, aux premiers rangs desquels, il cite, pour ceux disparus, Giulini (« pendant toute la Messe en si, j’avais l’impression d’avoir Dieu devant moi », Kubelík ou Solti. Il est en outre très satisfait de l’actuel Directeur musical, Paavo Järvi. L’immense majorité des chefs invités sont d’un excellent niveau. Si par hasard un chef ne l’est pas, ils « font le job » et demandent simplement ensuite à ne plus le réinviter. Il dit le plus grand bien du travail du Directeur artistique de l’orchestre, Didier de Cottignies, qui gère au mieux la programmation et se révèle suffisamment prévoyant, en gardant par exemple un des deux chefs assistants – actuellement Julien Masmondet et Andris Poga – pendant toutes les répétitions s’il a des craintes sur la disponibilité complète  du chef invité. « L’orchestre de Paris n’annule jamais » – rappelons qu’il est subventionné pour deux tiers par l’État et par la Ville de Paris pour le tiers restant. Il est un peu inquiet pour leur installation à la Philharmonie en janvier prochain : il est sans crainte pour l’acoustique de la nouvelle salle parisienne, mais le public viendra-t-il dans le Nord-Est de Paris ?

Instrument – Répertoire

Son instrument a été spécialement fabriqué pour lui par le facteur allemand Hans Hoyer avec un son « un peu typé Europe Centrale » – s’il existe encore de nombreux facteurs de cors par exemple aux USA, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, il n’y en a plus en France depuis l’arrêt de la production chez Selmer, il y a quarante ans. Il est bien incapable de répondre à la question « quels sont vos passages préférés du répertoire symphonique ? » : il en a tant. En outre, cela ne l’ennuie pas d’avoir à jouer presque uniquement tonique / dominante dans certaines symphonies de Haydn par exemple : « c’est un très bon exercice ». Il rencontre fréquemment, lors de tournées par exemple, ses collègues cornistes à travers le monde, d’autant plus facilement que, l’âge aidant, nombre d’entre eux ont été ses élèves… Quand je lui dis mon admiration pour Pierre Badol entendu dans la pièce de Tristan Murail « Mémoire / érosion » avec l’ensemble Court-Circuit, il me confirme qu’il a été un de ses élèves…

Musique contemporaine

Il a passé une année exceptionnelle en 1979 avec Pierre Boulez comme chef d’orchestre à l’Ensemble contemporain. Il pratique beaucoup moins la musique contemporaine dorénavant : « on manque un peu de ‘peps’ avec l’âge et c’est une question de génération : c’était fantastique de s’enfermer dans un studio avec par exemple Gérard Grisey ou Michaël Lévinas et de participer à la création de leurs œuvres. C’est aussi une question de génération ». Pour finir, il me cite les superbes réalisations picturales de son amie autrichienne Maria Tupay Duque : ici. En se quittant, il m’évoque ses nombreux engagements de l’été : Aix, Festival Tibor Varga, Festival Pablo Casals, etc… Un petit clin d’œil : André Cazalet n’est pas sur cette vidéo… mais sur celle-ci avec ses collègues de l’Orchestre de Paris.

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