Berlioz Requiem – Sir John Eliot Gardiner

 
Festival de Saint-Denis - Berlioz - Requiem - John Eliot Gardiner
Festival de Saint-Denis – Berlioz – Requiem – John Eliot Gardiner

Après Daniel Harding, la semaine dernière, c’était cette fois Sir John Eliot Gardiner CBE FKC qui officiait hier soir à Saint-Denis. N’étant pas un fan des baroqueux et particulièrement pas de ses interprétations à l’ancienne du répertoire romantique, on était a priori content que ce soient les forces de l’Orchestre National de France qui soient réunies ce soir-là, avec l’appui du Monteverdi Choir.

Ce gentleman farmer anglais (95 têtes de vaches !) me faisait irrésistiblement penser au grand Duduche de Cabu… mais sa gestique claire et élégante nous a donné un superbe concert dans cette œuvre de 1837 finalement assez rarement donnée compte-tenu des effectifs requis.

Passons rapidement au débit. 
On avait regretté la disposition du chœur dans Schubert par Harding, cette fois c’était pire : il était logé sur une estrade inclinée loin derrière l’orchestre, Monteverdi choir au premier plan, chœurs de Radio France derrière, si bien que dans de nombreux passages, l’orchestre, très bien sonnant d’ailleurs, le couvrait presque complètement (ce qui n’apparaîtra certainement pas dans l’enregistrement). 

On n’avait pas réécouté l’œuvre depuis des années, bercé dans notre jeunesse par la version Colin Davis – et regrettant alors de ne pas avoir les moyens d’acquérir la version Munch… Ceci pour dire que l’amateur peut voir son appréciation d’un concert brouillée voire annihilée par des plaisirs musicaux solitaires répétés… On a trouvé quand même que le Rex tremendae étant vraiment trop rapide et que le Lacrymosa n’était pas assez « posé ».

Mais au global  ce fut un vrai bonheur, ne serait-ce que d’entendre de vrais bons ‘décibels’ – Tuba mirum – non déformés ou compressés par un appareil de reproduction. Les interventions du Monteverdi choir sont proprement sidérantes : les Heifetz ou Rachmaninov du chœur !

Mention spéciale pour le Sanctus merveille d' »antiphonie » avec le – très bon – ténor Michael Spyres situé tout en haut devant l’orgue, la batterie à gauche, l’orchestre au centre et le chœur au fond.

Visible sur Arte LiveWeb

(ajoutons en guise de clin d’œil que Sir John déclarait dans une interview du début de l’été à Diapason que les Jeux de Londres seraient une catastrophe…)

After Daniel Harding last week, Sir John Eliot Gardiner CBE FKC was conducting yesterday evening in Saint-Denis. Not being a fan of “baroque” interpretations and particularly not of his interpretations of the romantic repertory, we were happy to know that the forces of the National Orchestra of France were invited this evening, with the support of Monteverdi Choir.

This gentleman English farmer (95 cows!) showed a clear and elegant gesture and gave us a superb concert in this work of 1837.

One had regretted the setting of the chorus in Schubert by Harding, this time it was worse: it was placed on a far tilted rostrum behind the orchestra, Monteverdi choir in the foreground, Radio France choruses behind, so that in many passages, the orchestra, very well sounding besides, covered it almost completely (balance will certainly be corrected during the recording edition).

We hadn’t listened to this work for many years, rocked in our youth by the Colin Davis version – and then regretting not having the means of acquiring the Munch version… This for saying that the amateur can see his appreciation in a concert scrambled or even destroyed by repeated solitary musical pleasures… I found nevertheless that the Rex tremendae was really too fast and that Lacrymosa was not “posed” enough.

But in the global it was a true happiness, especially to listen to big and beautiful sound – Tuba mirum – not deformed or compressed by a reproduction device. The interventions of the Monteverdi choir are properly striking: they are the Heifetz or Rachmaninov for the chorus!

Special mention for the Sanctus: a wonder of “antiphonal” with the – very good – tenor Michael Spyres located in the air in front of the organ, the battery on the left, the orchestra in the center and chorus far away.

Visible on Arte LiveWeb

(let’s add as a joke that, in an interview to Diapason at the beginning of the summer, Sir John declared that the London Olympic games would be a catastroph…)

 

Daniel Harding – Schoenberg – Schubert – Festival de Saint-Denis

On était un peu inquiet à l’approche de ce concert : les quelques enregistrements que l’on avait pu entendre de ce jeune chef laissaient sans voix (Brahms à Brême…), on savait aussi qu’il s’était fait éconduire par les musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Paris ; en outre, on ne voyait pas bien le lien entre La Nuit transfigurée [1. Rappelons l’argument : une promenade nocturne d’un couple amoureux dont la femme avoue qu’elle attend un enfant d’un autre. Son amant acceptera l’enfant et les deux s’en iront lors d’une nuit transfigurée.] et une messe de Schubert, ni surtout comme La nuit allait sonner dans cette acoustique de hall de gare.

Bravo tout d’abord à l’orchestre philharmonique de Radio-France (et au Chœur de Radio France pour Schubert) ; mis à part un accident au milieu de La Nuit, les cordes étaient fort belles et montraient une évidente cohésion. On aura été moins emballé par l’interprétation : çà faisait un peu ‘Elgar’ – c’est un peu facile vis-à-vis d’un chef anglais – et manquait pour moi « d’expressionnisme ». De très beaux moments tout de même.

La Messe en mi bémol majeur D. 950 de Schubert nous est bien connue, l’ayant entendu  déjà lors de ce même festival par Chung (bof) et Muti (mieux)… À l’évidence, Harding est un excellent chef de chœur. À ce propos, choix ou contrainte due au manque de profondeur de la « scène »,  on est assez gêné par la disposition du chœur, répartissant les tessitures de l’avant vers l’arrière au lieu de la gauche vers la droite. Cela donne une impression de saturation dans les forte (et dans les quelques fortissimi imprimés par le chef qui ne paraissaient guère justifiés). Il manquait juste une présence plus affirmée de l’orchestre : le chef demandait constamment aux cordes de « réduire », celles-ci jouant de plus avec un vibrato minimaliste. Passons sur les solistes : leur partie est réduite et ils étaient juste devant le chœur, donc bien loin dans cette acoustique.

On peut en voir l’enregistrement (dans un meilleur son que sur place !) ici.

Conclusion : un concert de belle facture, un chef à suivre, même si on a quand même manqué d’émotion ce soir-là.

This was our first concert conducted by Daniel Harding – we were a little apprehensive, considering for example his Brahms recordings, or the fact he had been rejected once by The Paris Opera’s orchestra musicians. Besides, we didn’t see any link between one of Schoenberg’s first major works and one of Schubert’s last ones – how the Transfigured Night would sound in this kind of train station acoustic.

Congratulations first to the Orchestre philharmonique de Radio-France (and then to the Chœur de Radio France), a little accident in the middle of The Night apart. Superb strings, but the performance for us was lacking of expressionism and overall structure; beautiful moments anyway.

We have already heard twice a Schubert Mass in Saint-Denis: once with Chung – so so – and another time by Muti (much better). Harding appeared as an excellent chorus conductor. Was it a choice or due to the stage lacking of depth, but instead of having sopranos to basses divided up from left to right, women were spread on the entire first row, men behind ; this gave in my opinion some sound saturation in the forte (moreover in some fortissimo which didn’t appear really justified). From our seats, the orchestra wasn’t playing loud enough – Harding asking permanently the strings to ‘reduce’ and their vibrato was really minimalist.

We won’t speak about the soloists, since their part is somewhat reduced and they stood just before the choir, so we didn’t hear them enough (they sound indeed much better on the video).

To conclude, a good concert, a conductor to follow, even if we lacked a little of strong musical emotions.

 

Daniel Harding - Festival de Saint-Denis
Daniel Harding – Festival de Saint-Denis

 

Witold Lutoslawski – Orchestral – Brilliant

 

Variations symphoniques – Symphonic variations – 1938
Symphonie nº 1 – 1947
Concerto pour orchestre – 1954
Musique funèbre pour orchestre à cordes – Music of mourning – 1958
Postlude n° 1 – 1960
Jeux vénitiens – Venetian games – 1961
Trois Poèmes d’Henri Michaux – 1963
Paroles tissées – 1965
Symphonie nº 2 – 1967
Livre pour orchestre – 1968
Préludes et fugue pour cordes – 1972
Mi-parti pour orchestre – 1976

Une aubaine que ce coffret de 3CD à prix modique (moins de 10 € – mais il n’apparaît plus au catalogue Brilliant), sous la direction évidemment autorisée – et excellente – du compositeur, le tout dans de superbes conditions sonores, qui nous offre un large panorama de sa musique orchestrale jusqu’à 1976 ; surtout une occasion de s’aventurer sans mal dans la musique du XXe siècle en partant d’un idiome type Szymanowki (Variations symphoniques) ou Bartók (Concerto pour orchestre). On commentera dans l’ordre des CD proposés.Les Variations symphoniques, déjà, sont un vrai chef d’oeuvre : c’est construit, raffiné, beaucoup de ‘drive’ et d’atmosphères ; on a parlé des influences de Szymanowski, du premier Stravinsky, on pourrait ajouter Roussel, mais c’est en fait déjà très personnel.

La 1ère symphonie (composée 3 ans après la 5e de Prokofiev, cela s’entend … et à peu près en même temps que la Turangalîla) est dans un style assez motorique, avec un 1er mouvement à l’orchestration assez chargée. Le tout parait un peu trop bien découpé, métronomique, voire simple, mais au moins c’est très vivant.

La Musique funèbre pour cordes est dédiée à la mémoire de Bartók, elle n’est pas plagée ici alors qu’elle comprend 4 mouvements : PrologueMétamorphoses, Apogée, Épilogue. On a écrit que c’était sériel, çà parait curieusement consonant, que c’est aussi contrapuntique que la Musique pour cordes, alors que çà parait presque simpliste en regard. Mais c’est sonnant et il y a une certaine atmosphère, notamment à la fin de l’oeuvre.

La 2e symphonie, de 1967, qui vit son 2e mouvement créé par Pierre Boulez en 1966, est en 2 mouvements : Hésitant et Direct. Le premier est très original, sa forme rondo permettant d’illustrer cette hésitation par une série d’épisodes aux alliages sonores recherchés, grâce notamment à la harpe, au piano, au célesta et à une percussion abondante et variée – des mondes sonores envoûtant – on pense parfois à certaines scènes des films de Tarkovsky. Le 2e mouvement est aussi très original, avec tantôt ses masses de cordes mouvantes, ses rythmes ‘élastiques’ ; on est loin des barres de mesure de la 1ère et quelle évolution du langage en 20 ans ! Si ce n’est qu’ils sont suivis de la reprise du début du mouvement aux cordes graves, les derniers accords font un peu le même effet que les 6 accords concluant la 5e de Sibelius…

Le Concerto pour orchestre est sans doute l’œuvre la plus connue du compositeur. Il est en 3 mouvements : IntradaCapriccio notturnoPassacaille toccata choral & final. Contrairement à ce que l’on a pu lire, c’est quand même très influencé par l’oeuvre homonyme de Bartók, écrite 11 ans plus tôt. Cela ne l’empêche pas, dans son idiome de folklore également réinventé, de présenter nombre de traits caractéristiques du compositeur, par exemple l’adéquation parfaite des sonorités instrumentales au discours. N’était nous semble-t-il une moindre sophistication harmonique, il pourrait surpasser l’œuvre de feu son collègue hongrois. Le Finale est un tant soit peu redondant.

Jeux vénitiens : (car créés à Venise) C’est un langage nettement plus moderne, [toujours avec piano – il faudrait bien écrire un papier sur l’usage du piano dans la musique symphonique du XXe siècle] ; l’auteur aurait déclaré que c’est à partir de cette pièce qu’il s’estimait être parvenu à la maturité et effectivement on assiste à l’apparition d’un nouveau langage. C’est supposé un peu aléatoire, un ‘gimmick’ des années 60 qui a complètement disparu. Le dernier des 4 mouvements, avec un passage « à la Varèse » est superbe d’énergie.

Livre pour orchestre : ici encore que d’inventions sonores (ici encore les parties de piano nous paraissent manquer de brillant) ;  ce qui frappe le plus est cette espèce de magma orchestral grouillant : il se passe toujours quelque chose chez Witold ! On imagine bien l’exigence que cela représente pour les instrumentistes.

Je commenterai peut-être le 3e CD plus tard…

A real windfall this box of 3CD (less than 10 € – but it doesn’t appear on the Brilliant site anymore), under the obviously authorized direction – and excellent – of the composer, with superb sound conditions: it offers a broad panorama of his orchestral music up to 1976; especially an occasion to venture without too much discomfort in the music of the XX century starting from an idiom like Szymanowki (Symphonic Variations) or Bartók (Concerto for orchestra). We will comment following this edition’s order.The Symphonic Variations are already a masterpiece: it is refined, plenty of “drive” and atmospheres; we can note influences of Szymanowski, the first Stravinsky, one could add Roussel, but it is in fact already very personal.

The 1st symphony (written 3 years after Prokofiev 5th, which can be pointed out… and about at the same time as the Turangalîla) the style is rather motoric, 1st movement showing a rather loaded orchestration. The whole appears a little too well cut out, metronomic, even simple, but at least it is very much alive.

The Funeral Music for strings is dedicated to the memory of Bartók, it is not ranged here whereas it includes 4 movements: Prologue, Metamorphoses, Apogee, Epilogue. One wrote that it is serial, though it appears curiously consonant, that it is as contrapuntal as the the Music for strings, whereas that appears almost simplistic in glance. But it is sounding and there is a certain atmosphere, in particular at the end of work.

The 2nd symphony, 1967, which saw its 2nd movement created by Pierre Boulez in 1966, is in 2 movements: Hesitating and Direct. The first is very original, its form rondo making it possible to illustrate this hesitation by a series of episodes to sought sound alloys, thanks in particular to the toothing-stone, the piano, the celesta and of an abundant and varied percussion,  one thinks sometimes of certain scenes of films byTarkovsky. The 2nd movement is also very original, with sometimes its masses of moving cords, its rates/rhythms “elastic”; one is far from the 1st and what a language evolution  in 20 years!

The Concerto for orchestra is undoubtedly the most known work of the composer. It is in 3 movements: Intrada, Capriccio notturno, Passacaille toccata choral & final. As opposed to what one could read, it nevertheless is very influenced by the homonymous work of Bartók, written 11 years earlier. That does not prevent it, in its idiom of also reinvented folklore, to present a number of features characteristic of the composer, for example the perfect adequacy of instrumental sonorities to the speech. Seems he was not us a less harmonic sophistication, he could exceed the work of fire his Hungarian colleague. The Finale is so much is not very redundant.

Jeux vénitiens (created in Venice) and Livre pour orchestre – really modern pieces, most enjoyable : the 4th movement of Jeux and the final part of the Livre.

I may comment the 3rd CD later…

 

Franz Schreker – Brilliant classics

S’il est un compositeur autrichien mal connu – en France tout du moins – c’est notamment Franz Schreker (1878-1934). Franz Schreker (1878-1934) is still not very well known outside Austria or Germany. Jew of birth, he will know the greatest honors (Academy of Vienna, Director of the Berlin Academy in 1920 with such professors as Paul Hindemith, Artur Schnabel and Arnold Schoenberg… After being dismissed of all his functions in 1933 by the Nazis, he dies (fortunately?) in 1934, at 56.

Juif de naissance, il connaîtra les plus grands honneurs (Conservatoire de Vienne, Directeur du Conservatoire de Berlin en 1920 avec comme professeurs nommés alors, des pointures telles que Paul Hindemith, Artur Schnabel et Arnold Schoenberg… Après avoir été démis de toutes ses fonctions en 1933 par les nazis, il meurt (heureusement ?) en 1934 à 56 ans.

Il connaîtra de grands succès publics avant la stigmatisation de l’extrême-droite des années 30.

Brilliant classics reprend ici des prises qui permettent de faire un tour rapide  de sa production (rien de ses nombreux opéras bien sûr) sous la direction apparemment très érudite du chef d’orchestre et pédagogue Peter Gulke, avec les orchestre et chœur de Cologne. Il est évidemment scandaleux que « l’éditeur » ne mentionne pas l’origine des ‘bandes’ ni la date d’enregistrement.

Certes, c’est de la musique « Zemlinsko-Mahlero-Straussienne », plutôt dans cet ordre, mais on trouvera dans cette boîte de 2 CD à prix modique de quoi titiller l’oreille du mélomane non réfractaire à une certaine ambiance fin de siècle, mais pas « décadente » pour autant : on a toujours l’impression d’une nostalgie nazi quand on voit qualifier ainsi la Vienne du début du XXe siècle (Klemperer, Hindemith ou Schoenberg, par exemple, décadents ?).

On ne va pas rentrer dans le détail (cf), et on passera sur une Symphonie n°1 un peu laborieuse. On trouvera surtout quelques chefs d’œuvres : et d’abord la participation de Gert Westphal comme narrateur, ‘sprechgesanger’ plutôt, notamment dans Das Weib des Intaphernes, œuvre très prenante même quand on ne comprend comme moi qu’un mot sur quatre (pas de livret évidemment) ; un récitant épatant, parfois un peu façon Ustinov : on n’a pas de souvenir à part Pierrot lunaire d’un mélodrame où l’intégration voix-musique est si réussie. Autres moments fort : 5 Gesange par l’excellente soprano Mechtild Georg et le Psaum 116, très Requiem de Brahms et 8e de Mahler.

N’hésitez pas vu le prix – si vous n’êtes pas germanophobe, vous le réécouterez…

He will meet be great public successes before the stigmatization of the extreme-right in the Thirties. Brilliant classics in this 2 CD set presents examples of his production (nothing about his numerous operas of course) under the conductor and pedagogue Peter Gulke, with the Cologne orchestra and chorus.

Besides a so-so Symphony n°1, some great works: first the participation of the great Gert Westphal as narrator, `sprechgesanger’ rather, in particular in Das Weib of Intaphernes, a very fascinating piece (but no booklet…). Other strong moments : 5 Gesange by the excellent soprano Mechtild Georg and the Psaum 116, very Requiem of Brahms and 8th of Mahler like. Do not hesitate considering the price – if you are not Germanophobe, you will go back to it…